Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé jeudi l'abandon des charges à l'encontre d'un ex-chef de milices autoproclamées d'autodéfense formées majoritairement de combattants chrétiens et animistes en Centrafrique.
Karim Khan, procureur de la juridiction qui siège à La Haye, a déclaré dans un communiqué avoir "conclu qu'il n'y avait plus de perspectives raisonnables de condamnation au procès, même si les charges étaient confirmées" contre Maxime Mokom.
Il a souligné avoir informé les juges après "avoir examiné l'ensemble des éléments de preuve dans l'affaire Mokom et à la lumière d'un changement de circonstances concernant la disponibilité des témoins".
L'ex-chef de milice âgé de 44 ans faisait face à 20 chefs d'accusation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pour des atrocités commises en 2013 et 2014, parmi lesquels des attaques dirigées contre des civils, des meurtres, des viols, des pillages et des attaques contre des mosquées.
Il était le chef des anti-balaka, des milices autoproclamées d'autodéfense formées majoritairement de combattants chrétiens et animistes, créées en 2013 en réaction à la prise de Bangui par la Séléka, une coalition de groupes armés principalement composée de musulmans opposés à l'ancien président François Bozizé.
- 'Informations cruciales' -
Selon la notification du procureur aux juges, "il est devenu clair que plusieurs témoins très importants ne sont pas disponibles pour témoigner".
Parmi les témoins indisponibles se trouvent des témoins "détenant des informations cruciales concernant les accusations portées contre M. Mokom", est-il indiqué.
"Aucune des tentatives d'interroger d'autres témoins potentiels susceptibles de détenir des informations reliant M. Mokom aux crimes n'a été couronné de succès ces dernières semaines", indique également ce document.
L'année dernière, les autorités tchadiennes avaient remis M. Mokom à la CPI, qui avait émis un mandat d'arrêt contre lui en 2018.
L'ex-chef de milice avait nié en août lors d'une audience clé toute implication dans un bain de sang en République centrafricaine il y a dix ans, affirmant aux juges de la CPI qu'il était "dévoué à la recherche de la paix".
Les juges devaient suite à cette audience clé décider si les preuves étaient suffisamment solides pour envoyer M. Mokom sur le banc des accusés, mais le procureur a estimé, qu'étant donné que les accusations n'ont pas encore été confirmées, "il lui appartient toujours de retirer les accusations".
"J'ai pleinement conscience que cette nouvelle pourrait être malvenue pour de nombreux survivants et leurs familles", a déclaré M. Khan à propos de l'abandon des charges.
"J'espère que beaucoup comprendront mes responsabilités juridiques et éthiques d'être guidé par le droit et les éléments de preuves", a-t-il ajouté.
Les violences en Centrafrique commises par la Séléka et les anti-balaka -signifiant "anti-machette"- auraient fait des milliers de morts et plus d'une centaine de milliers de déplacés, selon la CPI.
Deux anciens chefs de guerre anti-balaka, Patrice-Edouard Ngaïssona et Alfred Yekatom, sont déjà jugés par la CPI. Le commandant de la Séléka, Mahamat Said Abdel Kani est également jugé par la juridiction, créée en 2002 pour juger les personnes accusées de génocide, crimes de guerre, crimes contre l'humanité et crimes d'agression.
