Des Birmans demandent à Manille d'enquêter sur des crimes de guerre présumés

Cinq ressortissants birmans ont demandé mercredi à la justice philippine d'enquêter sur des crimes de guerre présumés commis dans leur pays par dix membres, actifs ou anciens, de l'armée birmane contre la minorité Chin, majoritairement chrétienne.

Leurs avocats philippins ont déclaré devant des journalistes avoir déposé une plainte pénale "historique" contre le chef de la junte birmane Min Aung Hlaing et neuf autres personnes auprès du ministère de la Justice à Manille.

Ils ont demandé aux procureurs l'ouverture d'une enquête en vertu d'une loi philippine pénalisant "les crimes contre le droit international humanitaire, le génocide et d'autres crimes contre l'humanité" même quand ils sont commis en dehors du territoire. La loi stipule toutefois que les mis en cause doivent se trouver aux Philippines.

Les cinq plaignants sont originaires de l'Etat Chin, l'un des sept Etats des ethnies minoritaires en Birmanie, mais vivent désormais en Australie, Royaume-Uni, Canada et en Inde. Ils étaient présents mercredi à Manille.

Le ministre philippin de la Justice, Jesus Crispin Remulla, s'est engagé devant la presse à demander "aux mis en cause de répondre" si la plainte s'avérait suffisamment fondée "sur la forme et sur le fond".

Un haut responsable de Chin, Vung Suan Thang, et des soldats encore actifs figurent parmi les mis en cause.

En septembre 2021, selon la plainte, des combattants de l'armée birmane ont tué un pasteur et deux anciens religieux dans la ville de Thantlang, dans l'Etat Chin.

Les plaignants accusent également les dix hommes d'avoir conduit "intentionnellement" des attaques contre des églises et d'être responsables de l'incendie de centaines de maisons dans la même ville entre août 2021 et juin 2022.

Ils auraient également empêché les secours de parvenir jusqu'à la population de l'Etat Chin après le passage du cyclone Mocha en mai.

Si le ministère philippin de la Justice décidait d'ouvrir une enquête, il pourrait assigner à comparaître l'Autorité centrale de Birmanie ou passer par la voie diplomatique, selon Me Gilbert Andres, un autre avocat philippin des ressortissants birmans.

Après son coup d'Etat de 2021, la junte a été accusée d'avoir mené de multiples attaques sanglantes contre des civils dans sa lutte pour écraser toute résistance. Certains des combats les plus sanglants ont eu lieu dans des régions à majorité chrétienne, notamment dans l'Etat Chin.

"C'est un jour véritablement historique", a déclaré à Manille Salai Ling, l'un des cinq plaignants. "Nous espérons vraiment qu'avec la solidarité et le soutien du peuple philippin et des habitants de la région de l'Asean (Association des nations d'Asie du sud-est), nous pourrons obtenir une forme de justice pour les atrocités subies par notre peuple", a-t-il dit.

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