Présidentielle au Liberia: un ex-candidat conditionne son soutien au 2e tour à un tribunal pour crimes de guerre

Un participant à la présidentielle et figure politique de premier plan au Liberia a conditionné son soutien en vue du second tour à la création d'un tribunal pour crimes de guerre réclamé de longue date par la communauté internationale, dans un entretien vendredi à l'AFP.

Dans ce pays ravagé par une guerre civile qui a fait 250.000 morts entre 1989 et 2003, l'un des conflits les plus atroces du continent africain, avec massacres, mutilations, viols, actes de cannibalisme et recrutement forcé d'enfants soldats, aucun procès ne s'y est à ce jour tenu bien que plusieurs aient eu lieu à l'étranger.

Les recommandations de la Commission vérité et réconciliation (TRC) en 2009, dont la mise en place d'un tribunal pour crimes de guerre, sont largement restées lettre morte, notamment au nom du maintien de la paix, certains des chefs de guerre incriminés étant restés très influents dans leur communauté.

"Nous pensons qu'il est important d'aider le Liberia à aller de l'avant, à guérir la nation, à mettre derrière nous cette ère d'impunité", a déclaré Alexander Cummings, l'un des principaux opposants, cinquième du premier tour avec 1,62% des voix.

"Si nous devons laisser le passé derrière nous, la création d'un tribunal pour les crimes de guerre et économique n'est que le début du chemin", a-t-il ajouté, précisant que cela faisait partie des douze conditions relayées au président sortant George Weah et à son challenger Joseph Boakai en vue d'un éventuel soutien.

Les tractations des deux derniers prétendants à la présidence - arrivés au coude-à-coude au premier tour avec un peu plus de 43% des voix chacun - avec les 18 autres participants s'intensifient pour nouer des alliances avant le second tour prévu le 14 novembre.

La création d'un tel tribunal "reste d'actualité précisément parce que nous avons des chefs de guerre et d'autres personnes soupçonnés d'avoir commis des crimes de guerre qui sont à des postes de gouvernance (et qui) n'ont jamais été traduits en justice", a-t-il expliqué.

L'un des plus emblématiques est Prince Johnson, qu'une vidéo montrait en train de siroter une bière pendant que ses hommes torturaient à mort le président Samuel Doe en 1990, toujours sénateur, influent, et qui a noué une alliance avec M. Boakai pour les élections.

"Cette alliance est quelque chose qui nous fait réfléchir un peu et que nous devons considérer" mais "ce n'est qu'une considération parmi tant d'autres", a déclaré M. Cummings.

Quant au président sortant Weah, il avait évoqué la création d'un tribunal pour les crimes de guerre, mais il ne l'a jamais mis en place, "l'une des nombreuses choses auxquelles le président n'a pas donné suite", a estimé l'ancien homme d'affaires.

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.