Pour les Insoumis, la période qui s'est ouverte avec les massacres du 7 octobre en Israël est rythmée par les polémiques incessantes sur la qualification du Hamas ou les tweets de Jean-Luc Mélenchon. Une controverse qui culmine avec l'absence du mouvement à la grande marche contre l'antisémitisme dimanche.
Les accusations d'ambiguïté sur la question de l'antisémitisme et de complaisance sur l'islamisme reviennent régulièrement ces dernières années contre Jean-Luc Mélenchon et son mouvement, bien que rejetées fermement par les intéressés.
Le 7 octobre, quelques heures après le début de l'attaque sanglante du Hamas, La France insoumise publie un communiqué mentionnant une "offensive armée de forces palestiniennes", semblant renvoyer dos-à-dos le mouvement islamiste et l'Etat israélien.
Rapidement, l'indignation monte et le malaise se fait sentir au sein du groupe.
"Il manque d'empathie ce communiqué", souffle quelques semaines plus tard un député LFI.
Selon L'Express, le texte en question a été écrit par la députée Danièle Obono, ancienne du NPA. LFI dément rapidement cette information, mais Mme Obono sème le trouble en qualifiant quelques jours plus tard le Hamas de "mouvement de résistance".
"Ses propos ne sont pas acceptables, ils n'ont rien à voir avec la position de LFI", fulmine le même député.
"Il y a eu plusieurs moments où on a fait des fautes, des maladresses", reconnaît son collègue Hendrik Davi. Mais Manuel Bompard, coordinateur de LFI, "a condamné très clairement l'attaque du Hamas", ajoute-t-il.
Le 9 octobre, ce dernier dénonce des "crimes de guerre", mais refuse, comme l'ensemble de la direction du mouvement, de qualifier le Hamas de "terroriste". Une attitude qui n'évoluera pas, ou à la marge.
"J'aimerais qu'on nous reconnaisse le mérite de la cohérence", note le député Louis Boyard, même si plusieurs voix au sein de LFI, le présidentiable François Ruffin en tête, n'hésitent pas dans leur propre communication à dénoncer une organisation "terroriste".
- En retrait? -
Le 9 octobre, LFI est la seule force politique à ne pas envoyer de représentant à un rassemblement parisien en solidarité avec les victimes israéliennes, à l'appel du Crif, principale organisation juive de France mais jugée trop à droite par les Insoumis.
Quelques heures à peine après ce rendez-vous, le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon accuse même sur X (ex-Twitter) le Crif d'"empêcher la solidarité des Français avec la volonté de paix".
Les prises de parole du fondateur du mouvement, pourtant censé être "en retrait", brouillent le message qu'essaye de faire entendre La France insoumise, traditionnellement très impliquée sur la cause de la lutte palestinienne.
"Est-ce que j'aimerais que Jean-Luc tweete moins? Oui c'est sûr", lâche un cadre du mouvement après un message du triple candidat à la présidentielle accusant la présidente de l'Assemblée nationale, qui s'est rendue fin octobre en Israël, de "camper à Tel-Aviv pour encourager le massacre" à Gaza. Des propos qui ont soulevé une nouvelle vague d'indignation.
- "Esprit de contradiction" -
"Je ne pense pas que Jean-Luc Mélenchon soit antisémite", jugeait récemment l'ex-président François Hollande. "Mais ses propos, sa manière de faire, encouragent au nom de l'antisionisme, l'antisémitisme".
Un député LFI, qui connaît le tribun de longue date, pointe son "esprit de contradiction". "Une fois qu'on lui demande de sauter à la corde vous pouvez être sûrs qu'il ne va pas le faire".
Dernier exemple, son tweet où il qualifie la "marche civique" contre l'antisémitisme de dimanche, à l'appel des présidents du Sénat et de l'Assemblée nationale, de "rendez-vous" des "amis du soutien inconditionnel au massacre", en référence à Gaza.
"Le tweet de Jean-Luc était hallucinant", s'étouffe un frondeur insoumis. Par ailleurs, le timing n'était "clairement pas un hasard", selon lui: le message est tombé au tout début de la réunion du groupe, qui devait décider de la participation ou non à cette manifestation.
Surtout, l'argument de Jean-Luc Mélenchon diffère de celui mis en avant par le mouvement pour justifier son absence dimanche: la présence à ce rassemblement du RN, dont l'histoire est marquée par l'antisémitisme.
"Une attitude nauséabonde", réagit l'Union des étudiants juifs de France.
Les partis socialiste, communiste et écologiste participeront, mais en mettant en place un "cordon républicain" pour ne pas se mêler à l'extrême droite.
"On est évidemment préoccupés par la montée de l'antisémitisme et si ce n'est pas entendu il faut qu'on le redise plus fortement", insiste le député Matthias Tavel. "Il faut d'abord réaffirmer notre solidarité avec les juifs de France", ajoute sa collègue Danielle Simonnet.
A défaut de marche commune, de nombreux Insoumis se rangent derrière plusieurs initiatives pour tenter de rendre audible leur rejet de l'antisémitisme.
Des membres de la direction, dont Manuel Bompard, participeront à un rassemblement distinct à Paris "contre l'antisémitisme, les racismes et l'extrême droite".
Les frondeurs François Ruffin, Alexis Corbière et Raquel Garrido se réuniront à Strasbourg à l'appel de la Licra.
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