Gaza : réactions internationales à l'offensive israélienne dans l'hôpital al-Chifa

L'opération de l'armée israélienne dans l'hôpital al-Chifa, abritant selon elle une base stratégique du Hamas, a suscité inquiétudes et condamnations mercredi de la part d'acteurs de la communauté internationale.

L'armée israélienne a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi qu'elle menait "une opération ciblée et de précision contre le Hamas dans un secteur spécifique de l'hôpital al-Chifa", le plus grand de la bande de Gaza, où des milliers de personnes sont entassées.

Un haut responsable de l'administration du Hamas a déclaré à l'AFP voir des "chars" et des "commandos" dans le complexe de l'hôpital. Depuis des années, Israël accuse le Hamas d'utiliser les hôpitaux de Gaza comme des bases, d'avoir creusé un réseau de tunnel sous al-Chifa et de se servir de ses malades comme de "boucliers humains".

Le mouvement islamiste palestinien avait mené une opération le 7 octobre en Israël coûtant la vie à 1.200 personnes, des civils pour la plupart, et 240 otages ont été emmenés par le Hamas dans la bande de Gaza, selon les autorités israéliennes.

Israël a répliqué en jurant d'"anéantir" le mouvement islamiste, au pouvoir à Gaza, avec bombardements et opération terrestre, qui ont fait plus de 11.000 morts, dont près de 5.000 enfants, selon le Hamas.

. Le Hamas accuse Biden

Le Hamas a accusé Israël "et le président Biden" de l'assaut contre l'hôpital. "L'adoption par la Maison Blanche et le Pentagone du faux récit de l'occupation selon lequel la résistance utilise le complexe médical al-Chifa à des fins militaires a donné le feu vert à l'occupation pour commettre davantage de massacres contre les civils", a-t-il ajouté.

Du côté de l'Autorité palestinienne, son ministère des Affaires étrangères a accusé mercredi l'armée israélienne d'avoir "violé de façon flagrante" le droit international, et réclamé une "intervention internationale pour y protéger les civils".

. Etats-Unis: hôpitaux et patients "doivent être protégés"

"Nous ne commenterons pas en détail une opération militaire israélienne en cours. Comme nous l'avons déjà dit, nous ne soutenons pas des frappes aériennes contre un hôpital et nous ne voulons pas voir d'échanges de tirs dans un hôpital où des personnes innocentes, démunies, malades cherchant à recevoir des soins, sont prises entre deux feux. Les hôpitaux et les patients doivent être protégés", a affirmé un porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche dans une courte déclaration.

. Paris: les civils n'ont "pas à payer pour les crimes du Hamas"

La France a exprimé mercredi "sa très vive préoccupation face aux opérations militaires israéliennes dans l'hôpital Al-Chifa" de Gaza, estimant que la population palestinienne n'avait "pas à payer pour les crimes du Hamas".

"Aucune utilisation d'infrastructures civiles à des fins militaires n'est acceptable", affirme aussi le Quai d'Orsay.

Paris "rappelle" également "la nécessité absolue pour Israël de se conformer au droit international humanitaire, qui prévoit tout particulièrement la protection des infrastructures hospitalières et impose en tout temps et en tous lieux des principes clairs de distinction, de nécessité, de proportionnalité et de précaution".

. Responsable humanitaire de l'ONU "horrifié"

Martin Griffiths, responsable des opérations humanitaires d'urgence de l'ONU, s'est dit "horrifié" par l'annonce de "raids militaires" à l'hôpital al-Chifa, sur X. "La protection des nouveaux-nés, des patients, du personnel médical et de tous les civils doit primer sur toute autre préoccupation", et "les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille", a-t-il ajouté sur le réseau social.

Dans une vidéo envoyée par la suite à la presse, il a affirmé que "le Hamas ne doit pas, ne devrait pas, utiliser un lieu tel qu'un hôpital pour se protéger" et il a également souligné que la traque des dirigeants du mouvement islamiste palestinien ne devait pas servir d'excuse pour s'en prendre militairement à un hôpital.

. Incursion "inacceptable" pour l'OMS, CICR "extrêmement inquiet"

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) se sont dits "extrêmement inquiets" pour le personnel et les patients. "L'incursion israélienne est totalement inacceptable", a déclaré le chef de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d'une conférence de presse mercredi à Genève.

"Les hôpitaux ne sont pas des champs de bataille", a-t-il ajouté.

Le CICR rappelle que "les patients, le personnel médical et les civils doivent être protégés à tout moment" et indique être en contact "avec les autorités concernées".

. La Jordanie accuse le "silence" du Conseil de sécurité

L'opération israélienne à al-Chifa "illustre la barbarie qu'autorise le silence du Conseil de sécurité de l'ONU", a estimé le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi. "Ce silence couvre des crimes de guerre. Ce silence ne peut être accepté ni justifié. Le Conseil doit agir", a-t-il écrit sur X.

. "Trop loin", pour la Norvège

"Cela va trop loin et ne peut être accepté", a dit le chef de la diplomatie norvégienne Espen Barth Eide, dans un courriel envoyé par ses services à l'AFP. "Cela aggrave une situation humanitaire déjà horrible à Gaza", a-t-il fait valoir.

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