01.12.10 - TPIR/NGIRABATWARE - "MON EPOUSE EST PETITE ET MINCE !", SE DEFEND UN EX-MINISTRE

Arusha, 1er décembre 2010 (FH) - Invoquant un alibi, l'ex-ministre du Plan Augustin Ngirabatware a nié mercredi avoir distribué des armes ou lancé des appels au génocide dans sa commune natale de Nyamyumba (nord), une semaine après le décès du président Juvénal Habyarimana.
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Pour conduire cette partie de l'interrogatoire principal, Me Mylène Dimitri a choisi une méthode consistant à soumettre à son client les allégations faites devant la chambre par des témoins du procureur.

« Que répondriez-vous si l'on vous suggérait que 7 ou 8 jours après la mort du président, vous vous êtes rendu à Bruxelles (une localité de la commune Nyamyumba) en compagnie de votre épouse et de vos enfants ? », a demandé l'avocate canadienne. « La suggestion serait complètement fausse. Du 6 au 11 avril 1994, j'étais avec ma femme et mes enfants à Kigali », a répondu posément l'ex-ministre. Lorsque l'avocate en est arrivée à l'accusation selon laquelle il aurait à la même période distribué des grenades à Nyamyumba en présence de sa famille nucléaire, Ngirabatware s'est senti blessé dans son amour-propre. « C'est très dégradant, c'est très insultant, très diminuant, je n'ai jamais touché une grenade de ma vie », a-t-il répondu, sans cependant aller jusqu'à s'emporter.

S'agissant des accusations relatives aux dates des 13 et 14 avril 1994, il a répondu qu'il était retenu par ses responsabilités ministérielles. « Le 13 et le 14 avril (1994), j'ai participé à deux conseils des ministres à Gitarama et ma femme et mes enfants se trouvaient à Bujumbura, au Burundi », s'est défendu Ngirabatware au neuvième jour de son témoignage pour sa propre défense.

Fuyant la fulgurante avancée des rebelles du Front patriotique rwandais (FPR, aujourd'hui au pouvoir), le « gouvernement intérimaire » s'était installé le 12 avril 1994 dans un centre de formation à Gitarama.

Autre suggestion : sa présumée présence à un barrage routier au niveau de « Bruxelles » 7 ou 8 jours après le décès du président, et cela en compagnie d'une femme gendarme. « Je ne me rappelle pas avoir voyagé, dans ma vie, avec une femme gendarme. Les deux femmes gendarmes que je connaissais étaient des officiers et je ne les ai pas vues durant cette période d'avril à juillet 1994 », a protesté l'accusé témoin.

L'ex-ministre a même dû faire une description de sa femme, fille du richissime homme d'affaires Félicien Kabuga encore recherché par le TPIR pour avoir, selon l'accusation, financé le génocide, notamment par l'achat de machettes.

En amenant l'accusé à parler du teint et de la taille de son élue, Me Dimitri voulait discréditer les témoins qui ont affirmé l'avoir vu à Nyamyumba en compagnie de sa femme. Pour la défense, ces témoins ont menti car la « grosse femme, élancée et au teint clair » qu'ils sont décrite n'est pas Mme Ngirabatware. « Ma femme n'a jamais été grosse sauf quand elle était enceinte et elle ne l'était pas en 1994. Mon épouse est noire, de petite taille et mince. Environ 1,50 m peut-être, entre 50 et 55 kilos », a précisé l'ancien dignitaire.

La chambre a donné à Me Dimitri jusqu'à jeudi 11 heures et demie pour boucler cet interrogatoire principal entamé le 16 novembre. L'ex-ministre sera ensuite confronté aux questions de la partie adverse.

Docteur en économie de l'Université de Fribourg, en Suisse, Ngirabatware a été, dans son pays, enseignant à l'Université Nationale du Rwanda (1986-1994), puis ministre du Plan (1990-1994). Durant son exil à partir de juillet 1994, il a travaillé dans différents instituts de recherche au Gabon et en France.

Arrêté en Allemagne le 17 septembre 2007, il se trouve entre les mains du TPIR depuis le 08 octobre 2008.

ER/GF

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