26.01.11 - CPI/BEMBA - UN TEMOIN EVOQUE LA PRESENCE DE JEAN-PIERRE BEMBA EN CENTRAFRIQUE

La Haye, 26 janvier 2011 (FH) - Le sixième témoin du procureur dans le procès pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre intenté contre Jean-Pierre Bemba, un agriculteur de profession, a évoqué une visite de Jean-Pierre Bemba en Centrafrique, à l'époque des combats, début novembre 2002.
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« Il s'est adressé à ses troupes, en Lingala, et à la population, en français » a-t-il raconté aux juges de la Cour pénale internationale (CPI). Le témoin protégé, qui s'exprime en sango, ne comprend pas le lingala, « mais je sais qu'après avoir parlé à ses troupes, les exactions ont baissé d'intensité » a-t-il expliqué aux juges.

Le procureur tente de démontrer que Jean-Pierre Bemba commandait ses miliciens, des congolais, même lorsqu'ils étaient déployés en Centrafrique. « Nous avons délégué une personne pour parler des viols et des tueries qui se passaient dans le quartier (...) Il a dit qu'il était sensible à nos doléances et à nos plaintes. Il a dit qu'il réunirait ses hommes pour résoudre ces problèmes ».

Victime d'une attaque des Banyamulenge, le nom donné par les centrafricains aux miliciens envoyés depuis le Congo-Kinshasa par l'accusé, le témoin a perdu son beau-frère des suites d'une bastonnade, et son épouse est partie, après avoir été agressée sexuellement.

Pour sa défense, Jean-Pierre Bemba affirme que les hommes qu'il avait envoyé en Centrafrique pour soutenir le président centrafricain d'alors, Ange-Félix Patassé, menacé de coup d'état, n'étaient plus sous sa responsabilité. « Quel est le rôle de monsieur Patassé dans ces exactions ? » a contre-interrogé maître Nkwebe Liriss, l'un des avocats de Jean-Pierre Bemba. «Le rôle de monsieur Patassé est qu'il était le chef, le président. C'est lui qui était au pouvoir. C'est lui qui était le responsable du pays. C'est à cause de lui que la bataille a commencé. Nous qui sommes de simples pailles, lorsque les éléphants se battent, se sont nous, les herbes, qui les subissons ».

Le témoin a encore estimé que François Bozizé, l'actuel président de Centrafrique, et Ange-Félix Patassé, devraient répondre de leurs exactions. « S'il n'y avait pas ce combat entre eux, nous ne pourrions pas être victimes. Qui sont les auteurs des actions qui ont conduit aux sévices que nous avons connu, c'est Bozizé, Patassé et Jean-Pierre Bemba » a-t-il déclaré.

A plusieurs reprises, le témoin a exprimé sa peur de déposer devant la CPI. « Je me considère comme un homme mort. Je sais que si un jour Patassé et Bozize se présentent devant les juges, ils vont dire que c'est à cause de ce que j'ai raconté qu'ils ont été arrêtés. »

SM/GF

© Agence Hirondelle