Le Yémen, d'où les rebelles Houthis mènent des attaques en mer Rouge en soutien aux Palestiniens de Gaza, est le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, dévasté par près d'une décennie de conflit.
- Deux Yémens réunis -
En 1918, après le démantèlement de l'empire ottoman, le nord du Yémen devient un royaume indépendant dirigé par des imams zaïdites. En 1962, un coup d'Etat mené par des officiers nationalistes renverse l'imam-roi, la République du Yémen du Nord est proclamée. Une guerre civile durera jusqu'en 1970.
Au sud, le port d'Aden est depuis 1839 aux mains de la Grande-Bretagne, qui le proclame colonie royale en 1935 avant de faire de son arrière-pays un protectorat. En 1967, le Yémen du Sud devient indépendant après une révolte armée contre les Britanniques: naît la République démocratique et populaire du Yémen, seul Etat marxiste arabe.
Le Nord nationaliste et le Sud communiste sont réunis en 1990.
- Près d'une décennie de guerre -
Le pays est secoué à partir de juillet 2014 par un conflit opposant les Houthis, rebelles proches de l'Iran, aux forces progouvernementales, appuyées par une coalition dirigée par l'Arabie saoudite.
Les Houthis, s'estimant marginalisés, lancent alors une offensive depuis leur fief de Saada. Ils sont issus du zaïdisme, branche du chiisme majoritaire dans le nord du Yémen.
Ils s'emparent progressivement de larges pans du pays, dont la capitale Sanaa, déclenchant l'intervention militaire d'une coalition menée par Ryad en soutien au gouvernement, réfugié à Aden (sud).
Toutes les parties ont été accusées par des experts de l'ONU d'avoir commis des crimes de guerre.
Une trêve négociée par l'ONU en avril 2022 a expiré au bout de six mois, mais la situation est restée depuis relativement calme.
Mais depuis fin 2023 le pays est emporté dans le conflit Israël-Hamas: après avoir multiplié les attaques de navires en mer Rouge en "solidarité" avec les Palestiniens de Gaza, perturbant durement le trafic maritime, les Houthis sont visés dans la nuit du 11-12 janvier 2024 par des frappes américaines et britanniques.
- Risque de famine -
Malgré la diminution significative des combats, plus de 4,3 millions de Yéménites restent déplacés, selon l'ONU.
Le conflit a provoqué l'une des pires crises humanitaires mondiales. Selon un bilan de l'organisation fin 2021, il a fait près de 380.000 morts, la grande majorité due à des conséquences indirectes comme la faim.
Plus de 21 des 34 millions d'habitants, soit plus des deux tiers, dépendent encore de l'aide humanitaire et plus de 450.000 enfants souffrent de malnutrition aiguë, indiquait l'ONU fin 2023.
Le Yémen a l'un des PIB par habitant les plus bas au monde, à 650 dollars (Banque mondiale en 2022).
- "Talibanisation" -
Dans un pays déjà très conservateur, les Houthis ont limité les libertés des femmes dans les zones qu'ils contrôlent.
Ils leur interdisent de se déplacer d'une ville à l'autre et à l'étranger sans un "mahram", un tuteur ou gardien masculin, une règle imposée par des régimes rigoristes comme celui des talibans en Afghanistan.
Dans leur fief de Saada et certaines petites villes, les femmes n'ont plus le droit de se déplacer seules après 18H00, y compris pour des urgences médicales, et n'ont plus librement accès à la contraception.
Le mariage des fillettes est une pratique courante au Yémen, où les violences faites aux femmes se sont accentuées avec la guerre.
- Patrimoine en péril -
Le Yémen est le pays de la légendaire civilisation de Saba. Connu sous le nom d'Arabia Felix (Arabie heureuse), ancienne appellation datant de 400 avant J.C., il regorge de trésors architecturaux.
Mais la vieille ville de Sanaa, inscrite depuis 1986 au patrimoine mondial de l'Unesco, est considérée en péril en raison du conflit. Édifiée dans une vallée au milieu des montagnes, Sanaa était aux VIIe et VIIIe siècles un important centre de propagation de l'islam, avec plus de 100 anciennes mosquées et 6.000 maisons, toutes construites avant le XIe siècle.
L'ancienne ville de Shibam (est), appelée "Manhattan du désert" en raison de ses maisons-tours, et la ville historique de Zabid (ouest) sont aussi considérées comme en péril.
