La Chine cherche à "effacer" l'identité culturelle et religieuse des Tibétains, ont accusé des militants lundi, exigeant que l'examen de la politique des droits de l'Homme de Pékin mardi à l'ONU se concentre sur ce "génocide culturel".
Selon des experts indépendants et des militants de la cause tibétaine, plus d'un million d'enfants tibétains âgés de trois à 18 ans ont été séparés de leur famille et placés dans un réseau de pensionnats.
"Cela représente près de 80% des enfants tibétains en âge d'être scolarisés, (...) la grande majorité des enfants tibétains", a dénoncé Lhadon Tethong, directrice du Tibet Action Institute lundi à Genève, à la veille de l'examen par le Conseil des droits de l'Homme du bilan chinois en matière de droits humains.
Pékin défend ce système des internats, estimant qu'il est respectueux des droits culturels et insiste qu'il est indispensable en particulier dans les zones reculées, en altitude et peu peuplées, où les enfants doivent souvent parcourir de longues distances pour se rendre à l'école.
Mais un groupe d'experts indépendants de l'ONU a averti l'année dernière que le système "semble agir comme un programme obligatoire à grande échelle destiné à assimiler les Tibétains à la culture majoritairement Han, contrairement aux normes internationales des droits de l'Homme."
Dans les écoles, les enfants sont confrontés à un "endoctrinement très intensif", a accusé Mme Tethong lors d'un entretien avec l'AFP à Genève.
Selon elle, ils sortent de ces écoles à peine capables de communiquer en tibétain et critiques à l'égard des traditions tibétaines.
"Il s'agit d'un cas de génocide culturel, un cas évident", a-t-elle lancé.
L'AFP a sollicité un commentaire de la représentation permanente de la Chine à Genève, sans réponse dans l'immédiat.
La Chine passera mardi son Examen périodique universel (EPU), devant le Conseil des droits de l'Homme à Genève.
Ce mécanisme propre au Conseil soumet chacun des pays membres aux questions de ses pairs sur sa politique en matière de droits humains.
Outre le Tibet, la répression des libertés civiles et au Xinjiang, tout comme la situation à Hong Kong, seront certainement évoquées.
- Endoctrinement politique -
"Nous avons assisté à une détérioration des droits en Chine, en particulier au Tibet", a déclaré Thinlay Chukki, un représentant du chef spirituel du Tibet en exil, le Dalaï Lama, lors de la réunion de lundi.
Le Tibet a alterné au fil des siècles entre l'indépendance et le contrôle de la Chine, qui affirme avoir "libéré pacifiquement" le pays en 1951 et apporté des infrastructures modernes et un système éducatif à cette région auparavant sous-développée.
Une façon de voir que ne partagent pas de nombreux tibétains qui dénoncent la répression et l'effacement de leur culture.
Le réseau de pensionnats a été le principal outil d'effacement de la culture tibétaine, selon Mme Tethong.
Elle compare le système aux internats au Canada et aux Etats-Unis qui étaient destinés aux enfants autochtones pour les assimiler de force à la culture "blanche et chrétienne".
Au Tibet "il ne s'agit pas seulement de priver les enfants de leur identité traditionnelle, de leur langue, de leur culture et de leur religion, mais il s'agit vraiment d'essayer de leur imprimer cette sorte d'identité chinoise hyper nationaliste avec ce Parti communiste comme fondement", affirme t-elle.
Pour cette militante il est important de profiter de l'EPU de la Chine pour braquer les projecteurs sur cette question et exiger que Pékin mette fin "à cette campagne très évidente d'assimilation, ... d'élimination de l'identité et de la culture des enfants tibétains à travers le système scolaire."
