"Mercenaires français" en Ukraine: Paris ciblée par une nouvelle campagne de désinformation russe

Des "mercenaires" français en Ukraine: l'accusation proférée par la Russie, abondamment relayée sur les réseaux sociaux, a tout d'une nouvelle campagne de désinformation contre la France, estime Paris, sur fond de tensions diplomatiques croissantes avec Moscou.

Cette offensive informationnelle intervient alors que la France a récemment multiplié les promesses d'armement à l'Ukraine et qu'elle s'apprête à conclure un accord de sécurité avec Kiev. En retour, vendredi, l'ambassadeur français à Moscou a été convoqué au ministère russe des Affaires étrangères pour se voir reprocher "l'implication croissante de Paris dans le conflit en Ukraine".

Mercredi dernier, le ministre russe de la Défense annonce avoir détruit dans une "frappe de précision" un bâtiment de Kharkiv (nord-est ukrainien) servant de "zone de déploiement temporaire de mercenaires, dont la plupart étaient des citoyens français". Soixante combattants ont été "éliminés" et 20 blessés, assure alors Moscou.

"La France n'a pas de +mercenaires+, ni en Ukraine, ni ailleurs, contrairement à d'autres", réagit vigoureusement le ministère français des Affaires étrangères en dénonçant "une nouvelle manipulation grossière russe".

Le mot de "mercenaire" choisi par Moscou n'est pas anodin. La loi française interdit le mercenariat, soit le fait de combattre moyennant rétribution à l'étranger, passible de 5 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.

Ce terme est aussi celui employé par la France pour dénoncer les activités du groupe paramilitaire russe Wagner, accusé depuis des années par Paris de prédation et de crimes de guerre en Afrique.

Lundi, une association française pro-russe, SOS Donbass, se fait pourtant l'écho via l'agence russe Ria Novosti d'une liste de noms de 13 "mercenaires français" présents à Kharkiv au moment de la frappe russe.

"Les informations les plus importantes - vivants ou morts, grade etc. - seront communiquées ultérieurement, ainsi que d'autres noms", déclare alors la dirigeante de SOS Donbass, la Franco-russe Anna Novikova.

Selon une source française proche du dossier, une autre liste de 30 prétendus "mercenaires" français circule aussi sur Telegram. "Ces deux listes ont une forte visibilité sur les réseaux sociaux" et sont relayées sur des dizaines de sites pro-russes, souligne cette source.

- Fausses identités -

Or le doute subsiste sur le fait même que des Français soient morts à Kharkiv. En outre, certaines des identités avancées sur ces listes sont fausses, selon une source diplomatique française.

La guerre en Ukraine a attiré dès les premiers mois des volontaires étrangers, dont des Français, partis se battre aux côtés des soldats de Kiev. Fin décembre, une source sécuritaire estimait à "quelques petites dizaines, moins de 50" le nombre de combattants français en Ukraine, "tous d'extrême droite ou de l'ultra droite".

Et certains des Français mentionnés appartiennent vraisemblablement à la Légion internationale ukrainienne.

Mais de sources concordantes, aucun n'a perdu la vie à Kharkiv la semaine passée.

"A priori, aucun Français n'a été tué à Kharkiv", commente une source sécuritaire française.

D'après un expert sécuritaire à Kiev, qui connaît plusieurs Français membres de la Légion internationale, ceux-ci "ne sont pas beaucoup" en Ukraine et sont "dispatchés entre plusieurs unités". "Les gens que je connais sont tous vivants. Ils n'ont entendu parler d'aucun blessé" à Kharkiv, a-t-il affirmé à l'AFP, assurant être entré en contact avec plusieurs d'entre eux après la frappe russe.

"Je suis vivant, tout va bien! Désinformation russe!", clamait l'un des 13 Français ciblés mardi matin sur sa page Facebook, un message vu par l'AFP avant qu'il ne l'efface.

La chaîne Rybar, proche de l'armée russe, a elle aussi émis des doutes sur la liste relayée par SOS Donbass.

"La crédibilité de cette nouvelle liste, qui cherche à renforcer une liste publiée en novembre, est hautement douteuse" car "les documents précédemment fuités dataient d'avril à août 2023", note la chaîne. Or les combattants étrangers, en particulier les Français, ne restent pas en Ukraine plus de deux mois d'affilée".

L'affaire des "mercenaires" français promet de rebondir: la Douma russe compte adresser mercredi un "appel" aux députés français à enquêter sur le sujet.

Pour un haut gradé français, le tempo des accusations répond précisément aux annonces françaises en faveur de Kiev. "La Russie utilise le champ informationnel pour répliquer au champ politique" et décrédibiliser les soutiens occidentaux de l'Ukraine, explique-t-il à l'AFP sous couvert d'anonymat.

La Russie est régulièrement accusée par la France de manipulations de l'information. En juin dernier, Paris a dénoncé une vaste opération d'ingérence numérique à travers notamment la publication de faux contenus hostiles à l'Ukraine sur des sites imitant ceux de grands quotidiens français. L'un de ces articles prétendait que la France allait instaurer une taxe pour financer l'aide à l'Ukraine.

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