Les accusations sud-africaines de "génocide" contre Israël rallient le Sud global

La procédure intentée par l'Afrique du Sud pour pousser Israël à mettre fin à son offensive militaire à Gaza, l'accusant de "génocide", a trouvé un écho fort dans les pays en développement, de l'Amérique du Sud à l'Asie du Sud-Est.

Israël a réagi avec colère à cette affaire portée devant la Cour internationale de Justice (CIJ), la qualifiant d'"absurde".

Mais les avocats sud-africains qui ont plaidé devant la Cour à La Haye ont été fêtés en héros à leur retour, et en ligne.

La CIJ devrait rendre une première décision vendredi à La Haye sur des mesures d'urgence, même si une décision sur le fond, un génocide présumé, devrait probablement prendre des années.

La procédure en urgence de l'Afrique du Sud accuse Israël de violation de la Convention des Nations Unies sur le génocide de 1948 à Gaza. Elle met en évidence le fossé croissant entre d'un côté Israël et ses alliés occidentaux, et d'un autre de nombreux pays du Sud, soulignent des experts.

La justice internationale "a longtemps été perçue par les pays du Sud comme une justice sélective", relève Johann Soufi, avocat international et ancien chef du bureau juridique de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) à Gaza.

"Les pays du Sud rejettent de plus en plus cette vision qu'ils considèrent comme néocoloniale".

La guerre à Gaza a été déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas du 7 octobre, qui a fait environ 1.140 morts en Israël, pour la plupart des civils, selon un décompte de l'AFP. Israël a promis en réponse d'anéantir le mouvement islamiste, en lançant une offensive à Gaza qui, selon le ministère palestinien de la Santé, dirigé par le Hamas, a tué au moins 26.083 personnes.

Pour Tal Becker, avocat représentant Israël à la CIJ, l'Afrique du Sud a présenté "une image profondément déformée" des faits. Visuels à l'appui, il a souligné que le Hamas avait "torturé des enfants devant leurs parents, brûlé des gens (...), s'est livré à des viols systématiques et des mutilations", des exactions qui rappellent l'Holocauste.

- Deux poids, deux mesures -

Alors que le bilan de la guerre s'alourdit sans cesse, les partisans de la cause palestinienne se sont tournés vers des voies légales pour mettre fin à la violence.

Plusieurs pays musulmans figurent parmi les partisans les plus fervents de la démarche : Iran, Turquie, Jordanie, Pakistan, Bangladesh, Malaisie et les Maldives.

Des pays d'Amérique latine dirigés par la gauche, Bolivie, Colombie, Brésil et Venezuela, lui ont aussi apporté leur soutien. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a accusé Israël d'"actes de terrorisme".

En revanche, les Etats-Unis, allié le plus puissant d'Israël, s'est opposé à la procédure, et certains pays de l'Union européenne, ainsi que la Grande-Bretagne ont refusé de la soutenir.

"Accuser l'Etat juif de génocide, c'est franchir un seuil moral", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Stéphane Séjourné.

L'Inde n'a pas non plus soutenu cette cause.

Tout le monde en Occident n'est pas favorable à Israël et tous les pays du Sud ne sont pas opposés à Israël, nuance Marco Sassoli, professeur de droit international à l'Université de Genève.

"Les Etats occidentaux, comme les pays du Sud, appliquent le deux poids, deux mesures", qui est "un poison pour la crédibilité du droit international", a-t-il ajouté.

Il relève la position des Occidentaux, qui se sont largement opposés à l'invasion russe de l'Ukraine, au nom du respect du droit international et des droits humains, mais critiquent plus faiblement des exactions ailleurs.

Certains pays n'ont jamais signé la Convention sur le génocide, ce qui les rend hésitants à soutenir officiellement l'Afrique du Sud.

C'est le cas de l'Indonésie, plus grand pays musulman au monde, où des massacres contre les communistes, soutenus par l'armée dans les années 1960 et restés quasiment impunis, ont fait plus de 500.000 morts. Plutôt que d'apporter son plein soutien à la requête, Jakarta a fourni un avis juridique consultatif à la CIJ, appelant à la primauté du droit international.

Les ordonnances de la CIJ sont juridiquement contraignantes et sans appel. Mais elle n'a aucun moyen de les faire appliquer.

Le Brésil sait qu'une décision pourrait n'avoir qu'une valeur "morale et politique", mais cela ajouterait néanmoins du poids aux appels à un cessez-le-feu, souligne Roberto Goulart Menezes, professeur à l'Université de Brasilia.

Johann Soufi estime que Washington et ses alliés devraient écouter les pays du Sud global, qui utilisent de plus en plus le droit pour demander des comptes à l'Occident.

"Si les Etats-Unis et leurs alliés maintiennent leur position (...) ils affaibliront considérablement, et peut-être de façon permanente, un système qu'ils ont mis 75 ans à construire", a-t-il déclaré.

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