24.02.11 - CPI / BEMBA - UN TEMOIN DU PROCUREUR REVIENT SUR SA DEPOSITION

La Haye, 24 février 2011 (FH) - Le témoin 73, qui dépose pour l'accusation devant  les juges de la Cour pénale internationale (CPI) depuis le 21 février, a affirmé que sa fille de dix ans n'avait pas été violée par les soldats de Jean-Pierre Bemba, mais qu'elle avait eu une relation consentante avec l'un d'entre eux.
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Jean-Pierre Bemba est accusé de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre pour les meurtres, viols et pillages commis par ses hommes en Centrafrique, en 2002 et 2003.

La déposition du témoin 73 contredit l'une de ses propres déclarations, faite aux enquêteurs du procureur en 2009. Jeudi, il a raconté à la cour avoir « échappé de justesse à la mort » lors de l'arrivée au PK12, un quartier populaire au Nord de Bangui, des miliciens de Jean-Pierre Bemba. Tabassée par les banyamulenge, sa femme, « assez âgée », avait quant à elle été trainée à terre et son échoppe de boissons pillée.

« Ils étaient venus se nourrir sur le dos de la population, a déclaré le témoin 73. Si c'était des soldats loyalistes, ils auraient reçu des rations alimentaires. »

Mais sur les circonstances entourant l'agression de sa fille de 10 ans, le témoin a finalement estimé qu'il ne s'agissait pas d'un viol. « L'un d'eux [banyamulenge] a fini par coucher avec ma fille. Et ce monsieur là, il nous rendait fréquemment visite. Il nous apportait des épices et tant d'autres condiments qu'il prenait à des personnes qu'il volait. Un jour, il m'a demandé si je pouvais accepter qu'il épouse ma fille (...) Elle vendait des beignets (...) Il l'a appelée, lui demandant de lui apporter des beignets pour son petit déjeuner. Elle s'y est rendue, je ne sais pas si entre temps il a courtisé la fille, peut-être qu'elle était consentante. Ils avaient des relations sexuelles. »

Interrogé par la présidente de la chambre, la juge Sylvia Steiner, il a répondu que « certes, ils a couché avec elle, mais il ne l'a pas brutalisée dans ma maison, ils ne l'a pas violée ». Le témoin a aussi raconté avoir rempli un formulaire en demande de réparations, fourni par la cour. « Il y a un homme qui se promenait avec beaucoup de documents dans le quartier. Il venait pour la réparation... Dès qu'il arrivait, beaucoup de gens venaient solliciter son aide ».

Selon le témoin, certaines victimes auraient déclaré des pertes très importantes. « Certaines personnes parlaient de 400 000 ou 800 000 francs. J'ai dit à mon voisin de faire attention, que les juges ne pouvaient pas accepter cela. » Lui a déclaré les pertes du ménage. « Ma femme vendait des boissons et à manger. Ils ont pris tout cela, ils ont aussi pris 30 000 francs à ma femme. Ils ont aussi pris un poste de radio. Il y a des gens qui m'ont dit : tu parles d'une petite somme d'argent, mais tu ne veux pas manger du gâteau ! ».

Le témoin 73 est le dixième témoin du procureur. Dans la première phase du procès, le procureur a l'intention d'appeler 24 témoins à la barre.

Le procès de Jean-Pierre Bemba a commencé le 22 novembre 2010.

SM/GF   

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