Des habitants de Sarajevo ont marqué lundi le 30e anniversaire du massacre du marché de Markale, la pire tuerie du siège des années 1990 qui a fait 67 morts et plus de 140 blessés, a rapporté un journaliste de l'AFP.
"J'avais l'impression que tout Sarajevo était là, au marché, ce jour-là. Il faisait beau, une journée ensoleillée, comme aujourd'hui. Il y avait même des femmes avec des enfants dans les poussettes", a raconté à l'AFP Vahida Tvico, 72 ans.
Ce 5 février 1994, elle était là, comme quasiment tous les jours, derrière son étal où elle revendait des choses "pour gagner quelques sous". Tiré depuis des positions sur les hauteurs de la ville, tenues par les forces serbes bosniennes, l'obus a explosé à une vingtaine de mètres d'elle et elle est restée indemne.
"La foule a été fauchée. Je voyais beaucoup de sang, des gens morts partout, d'autres qui fuient, qui crient. C'était un chaos. Ceux qui ont survécu ne pourront jamais supprimer cette image de leur tête", dit cette femme.
La pire image, pour elle, est toutefois celle de la mort de son fils Tarik, tué une année plus tôt, à 10 ans, par un éclat d'obus alors qu'ils allaient chercher de l'eau, raconte-elle. Son mari est mort sur la ligne de front.
Lundi, peu après midi, à l'heure de l'explosion il y a trente ans, des délégations politiques et des habitants ont déposé des gerbes et des fleurs au pied d'un monument en pierre blanche, à l'endroit de la déflagration, toujours marquée dans le bitume à la couleur rouge du sang.
Pendant les 44 mois du siège de Sarajevo, un "enfer médiéval" selon un des procureurs du Tribunal pénal internationale pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), plus de 11.000 personnes ont été tuées, dont plusieurs centaines d'enfants.
Le général des forces serbes, Stanislav Galic, qui était chargé de la région de Sarajevo, a été condamné à la prison à vie par la justice internationale pour la campagne de "terreur contre la population civile" de la capitale bosnienne. Aussi pour le massacre de Markale.
Hasija Karavdic y a été tuée à 34 ans, "Elle est allée au marché chercher du café", raconte sa soeur, Fazila Smajovic, venue se recueillir devant le monument.
"On attendait qu'elle rentre à la maison, puis nous sommes allés la chercher au marché, et on a fini à l'hôpital où elle est décédée", plus tard dans la journée, se souvient Mme Smajovic, en ajoutant que sa soeur avait deux filles, âgées à l'époque de 3 et de 5 ans.
Près de 100.000 personnes ont été tuées pendant la guerre intercommunautaire de Bosnie de 1992 à 1995.
