Ex-Yougoslavie: 31 ans après, les questions en suspens du massacre de Strpci

2 min 8Temps de lecture approximatif

27 février 1993, village de Strpci: 20 civils sont descendus de force d'un train en Bosnie-Herzégovine, alors en pleine guerre. Trente et un ans après, le procès pour ce crime de guerre devant un tribunal de Belgrade est toujours en cours, et les suspects, libres.

Strpci est l'un des nombreux crimes de guerre commis pendant les guerres en ex-Yougoslavie (1991-1995), dans lesquelles 130.000 personnes sont mortes, dont près de 100.000 en Bosnie.

Un premier procès a eu lieu en février 2022, quatre anciens membres d'un groupe armé de nationalistes serbe baptisé "Osvetnici" ("Les vengeurs") ont été condamnés à 5 à 10 ans de prison. Mais le verdict a été annulé en octobre 2023.

Un nouveau procès s'est ouvert en janvier 2024.

Les quatre accusés - Gojko Lukic, Dusko Vasiljevic, Jovan Lipovac, et Dragana Djekic, mineure au moment des faits, sont soupçonnés d'avoir participé à l'enlèvement des 20 victimes de Strpci et de les avoir livrés à leurs assassins.

Ils auraient forcé le conducteur à arrêter le train qui reliait Belgrade à Bar pour en faire descendre les 20 passagers, qu'ils ont ensuite emmenés dans une école primaire près de Visegrad. Là, ils les ont battus, ont pris tous leurs objets de valeur, puis les ont conduits dans un autre village.

Deux autres membres de leur commando, qui faisait partie de l'Armée de la Republika Srpska (VRS), les ont alors abattus.

L'identité de ces deux personnes n'a jamais été établie.

Parmi les vingt victimes de Strpci, seul quatre corps ont été retrouvés, au bord du lac de Perucac, à environ 70 kilomètres des lieux du crime. Les autres sont toujours portées disparues.

La victime la plus âgée avait 59 ans, la plus jeune 16 ans.

- "Impardonnable" -

Aucune enquête n'a jamais été ouverte sur les commanditaires du crime.

Milan Lukic, le chef d'Osvetnici, a été condamné à la réclusion à perpétuité par Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie pour crimes contre l'humanité. Mais il n'a jamais été condamné pour le crime de Strpci.

Cet automne, l'annulation du verdict a suscité la colère des ONG qui enquêtent depuis des décennies sur les crimes de guerre commis pendant des guerres en ex-Yougoslavie.

"Il est impardonnable que 30 ans après l'enlèvement et le meurtre de 20 civils à Strpci, les autorités judiciaires serbes soient incapables de mener les procès de manière professionnelle et de rendre un verdict", a fustigé l'ONG régional Humanitarian Law Center (HLC).

Dans les autres pays où la guerre a fait rage, la Justice a souvent fait preuve d'un peu plus de célérité. Et certains membres du commando de Strpci y ont même été condamnés.

Parmi eux, Nebojsa Ranisavljevic, condamné en 2004 au Monténégro à 15 ans de prison pour participation à ce crime. Et sept autres anciens membres ont été condamnés en août 2023 en Bosnie-Herzégovine à 13 ans de prison chacun.

"Les peines auraient certainement dû être plus sévères", explique à l'AFP, Edvin Kanka Cudic, spécialiste des crimes de guerre pour l'Association pour la recherche sociale et la communication (UDIK), une ONG basée à Sarajevo.

"Mais elles montrent dans une certaine mesure la volonté de la société en Bosnie-Herzégovine de juger les criminels de guerres. Malheureusement, on ne peut pas dire la même chose pour la Serbie, vu que les procès - comme celui de Strpci, durent aussi longtemps"