L'avocat de l'ancien ministre de l'Intérieur gambien, Ousman Sonko, a plaidé mercredi l'acquittement de son client au procès en Suisse où il est jugé pour crimes contre l'humanité commis sous le régime de l'ex-dictateur Yahya Jammeh.
Son avocat, Me Philippe Currat, a aussi réclamé pour son client une compensation financière substantielle pour les années passées en détention dans l'attente du procès, a rapporté l'agence de presse suisse Keystone-ATS.
La procureure fédérale a requis lundi la réclusion à perpétuité contre Ousman Sonko, jugé depuis janvier devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone, dans le sud-est de la Suisse. Le procès doit s'achever vendredi.
Cet homme de 55 ans est accusé de divers chefs de crimes contre l'humanité, dont la torture et le viol répétés, qu'il aurait commis de 2000 à 2016 sous l'ère de l'ex-président à la main de fer, Yahya Jammeh, d'abord en tant que membre de l'armée, puis comme inspecteur général de la police et enfin comme ministre.
M. Sonko "a soutenu, participé et n'a pas empêché les attaques systématiques et généralisées, dans le cadre de la répression menée par les forces de sécurité gambiennes contre tous les opposants au régime", a dit l'accusation.
Son procès est possible car la Suisse a procédé à deux changements majeurs de sa législation en 2011, en inscrivant dans son droit les crimes contre l'humanité - des exactions commises dans le cadre d'une attaque de grande ampleur visant des civils - et en se reconnaissant une compétence universelle pour juger certains crimes graves en vertu du droit international.
Depuis le début des audiences, Ousman Sonko a systématiquement rejeté toute responsabilité. Il a clamé son innocence, affirmant tout ignorer des actions qui lui sont reprochées.
Il a tenté à plusieurs reprises de mettre fin aux poursuites, estimant que la justice helvétique n'était "pas qualifiée" pour le poursuivre.
Les avocats des victimes ont estimé de leur côté cette semaine qu'il ne faisait aucun doute qu'Ousman Sonko faisait partie du premier cercle de l'ex-dictateur du début jusqu'à la fin ou presque de son règne, et qu'il a pleinement soutenu les mesures répressives du régime, a rappporté l'ONG Trial International, à l'origine de la procédure lancée contre M. Sonko.
M. Sonko avait été arrêté le 26 janvier 2017 en Suisse où il avait demandé l'asile après avoir été démis de ses fonctions ministérielles qu'il a occupées pendant 10 ans, jusqu'en septembre 2016.
