France: un ex-chef de guerre libérien conteste la "légitimité" des tribunaux et de "fausses accusations"

L'ex-chef de guerre libérien Alieu Kosiah, condamné en Suisse pour crimes contre l'humanité, a commencé à être entendu jeudi devant les assises de Paris au procès d'un autre ex-commandant rebelle, Kunti Kamara, et a vivement dénoncé de "fausses accusations" les visant.

"Vous pouvez détruire cet homme", a lancé Alieu Kosiah au juge et jurés des assises de Paris en désignant M. Kamara, assis dans le box des accusés. "Vous pouvez me détruire... J'ai été en prison depuis neuf ans déjà !", a lancé cet ex-commandant du Mouvement uni de libération pour la démocratie (Ulimo), en anglais traduit par des interprètes.

Lors de cette audience tendue entamée jeudi matin, Alieu Kosiah, 49 ans, a, avec beaucoup d'assurance et nervosité, clamé son "innocence", dénoncé de "fausses accusations" et nié de nombreuses accusations l'ayant visé lors de son procès en Suisse.

"La procureure va vous demander de condamner un homme qui est innocent, vous devez m'écouter !", a-t-il aussi lancé à propos de M. Kamara.

En juin 2023, en Suisse, la cour d'appel du Tribunal pénal fédéral a confirmé la condamnation à 20 ans de prison d'Alieu Kosiah et retenu pour la première fois l'accusation de crimes contre l'humanité. Il était accusé de multiples atrocités commises pendant la première guerre civile libérienne (1989-1997).

M. Kamara est, lui, jugé en appel depuis le 5 mars aux assises à Paris, après sa condamnation à la prison à vie prononcée fin 2022 dans la capitale française pour actes de barbarie et complicité de crimes contre l'humanité pendant la première guerre civile au Liberia, pays anglophone d'Afrique de l'Ouest.

Egalement ancien commandant de l'Ulimo, né en 1974, M. Kamara avait été condamné pour une série d'exactions contre des civils en 1993-1994, comme le supplice infligé à un instituteur dont il aurait mangé le coeur, et pour sa passivité face aux viols répétés de deux adolescentes par des soldats placés sous son autorité.

- "Témoin important" -

Transporté depuis la Suisse, Alieu Kosiah, en costume sombre et chemise blanche, est entendu jeudi comme témoin au procès de M. Kamara.

"Monsieur Kosiah est entendu parce qu'il s'agit du même groupe armé, le groupe Ulimo, donc il a connaissance des faits (...) c'est évidemment un témoin important pour ce procès", a déclaré à l'AFP Me Alain Werner, avocat au barreau de Genève et directeur de l'ONG Civitas Maxima, partie civile au procès.

Dans une déclaration spontanée de près de quatre heures, M. Kosiah a remis en cause la "légitimité" de tribunaux européens pour juger des faits perpétrés pendant les deux guerres civiles successives et très brutales au Liberia. Ces guerres ont fait au total 250.000 morts entre 1989 et 2003.

Pendant toute l'audience, M. Kamara, visage émacié, très concentré, n'a pas lâché du regard M. Kosiah.

"La plupart des procureurs modernes ne font pas le travail, et cela a lieu dans toute l'Europe de l'Ouest ; s'ils décident que vous devez aller en prison, vous y allez !", a lancé M. Kosiah. "J'ai été condamné par trois juges blancs, ils ne sont jamais allés en Afrique, donc leur compréhension des spécificités culturelles et tribales en Afrique, de la religion, de l'histoire, de la géographie, est au niveau 0", a-t-il affirmé.

M. Kosiah a particulièrement remis en cause les déclarations "contradictoires", selon lui, d'un témoin, partie civile au procès, et qui sera entendu vendredi.

Il l'a accusé de ne pas "être crédible" et d'avoir changé de versions devant les justices suisse et française dans ses accusations contre lui et Kunti Kamara.

Arrêté en région parisienne en 2018, M. Kamara est jugé à Paris au titre de la "compétence universelle" exercée par la France, sous certaines conditions, pour juger les crimes les plus graves commis hors de son sol.

La chambre basse du Parlement libérien a adopté début mars une motion en vue de créer un tribunal qui jugerait les crimes de la guerre civile, ce que les victimes réclament depuis plus de 20 ans.

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