Le Sénat du Liberia s'est prononcé mardi à une écrasante majorité pour la création d'un tribunal qui jugerait les crimes de la guerre civile et que les victimes réclament depuis la fin des atrocités il y a plus de vingt ans.
Après des années de quasi inaction, l'adoption d'une résolution en ce sens par les sénateurs est une nouvelle étape significative vers l'établissement d'une cour chargée de juger les auteurs de violations des droits humains et de "crimes économiques" commis lors des deux guerres civiles qui ont fait environ 250.000 morts entre 1989 et 2003. La chambre basse avait voté un tel texte le 5 mars.
Vingt-huit sénateurs ont voté pour, un s'est abstenu. La motion doit à présent repasser par la chambre basse pour adopter les changements votés par les sénateurs, puis être soumise à l'approbation du président Joseph Boakai avant que ne soit rédigée une loi qui devra être débattue par les deux chambres.
Malgré les pressions de la société civile et de la communauté internationale, le Liberia n'a encore tenu aucun procès sur cette période marquée par une litanie d'exactions imputables à toutes les parties: massacres de civils, actes de cannibalisme, tortures, viols, mutilations, enrôlement d'enfants soldats.
Des condamnations ont été prononcées par des tribunaux étrangers. L'ex-commandant rebelle Kunti Kamara a été condamné en appel le 27 mars par la justice française au nom du principe de la compétence universelle à 30 ans de réclusion criminelle pour actes de barbarie et complicité de crimes contre l'humanité pendant la première guerre civile.
Lors de sa prestation de serment en janvier, le président Boakai avait annoncé la création d'un office chargé "d'explorer la faisabilité" d'un tel tribunal, dont une commission spéciale avait recommandé la création en 2009. Cette recommandation est restée lettre morte.
Certains chefs de guerre et personnalités mis en cause par le rapport, comme le sénateur Prince Johnson, occupent toujours des positions éminentes en politique et dans l'économie. Le vice-président Jeremiah Koung est un allié de Prince Johnson.
M. Johnson avait mis en garde contre les risques de déstabilisation avant le vote de la chambre basse si un tel texte passait.
Il a pourtant voté pour la résolution mardi sans que ses motivations soient connues dans un premier temps.
Les guerres civiles ont mis à genoux le pays, l'un des plus pauvres de la planète, ravagé une dizaine d'années plus tard par l'épidémie d'Ebola.
