Génocide au Rwanda: huis clos pour entendre une rescapée aux assises de Bruxelles

Une rescapée du génocide de 1994 au Rwanda a été entendue à huis clos mardi par la cour d'assises de Bruxelles, au procès d'un Belgo-rwandais de 65 ans accusé d'avoir pris part à ce génocide en perpétrant de multiples meurtres et un viol.

C'est la victime présumée de ce viol qui a réclamé de pouvoir témoigner en l'absence du public et de la presse, une requête acceptée par la cour après une courte suspension.

"Dans ce garage, des choses horribles se sont passées", a lâché cette femme rwandaise d'une petite voix juste avant la suspension.

Elle faisait allusion au garage dont l'accusé Emmanuel Nkunduwimye était l'exploitant au lieu-dit Amgar, à Kigali en avril 1994, et dans lequel ce dernier aurait séquestré des jeunes femmes tutsi, livrées ensuite à son groupe de miliciens Interahamwe (extrémistes hutu).

A ce procès entamé début avril, le septième en Belgique lié au génocide anti-Tutsi au Rwanda, Emmanuel Nkunduwimye est accusé de "crime de génocide" et de plusieurs "crimes de guerre", à savoir des meurtres, une tentative de meurtre et un viol.

Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Un verdict est attendu début juin.

L'accusé nie les faits et son avocat, Dimitri de Béco, compte demander son acquittement en arguant du manque de fiabilité des témoignages à charge.

"Les quelques témoins qui disaient avoir vu mon client tuer, donner des ordres de tuer, finalement ne l'ont pas vu ou se contredisent totalement", a affirmé l'avocat à l'AFP. "Le doute doit profiter à l'accusé".

Lors du procès, certains témoignages, sur lesquels la défense compte s'appuyer, ont dépeint M. Nkunduwimye, fils d'un commerçant renommé, comme un homme qui se serait rapproché des chefs miliciens Interahamwe "surtout pour se protéger".

Après l'attentat contre l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana, considéré comme l'élément déclencheur du génocide, il aurait craint lui-même pour sa vie en raison de liens familiaux avec un financier du Front patriotique rwandais (FPR, la rébellion tutsi à l'époque).

Mais l'accusation a balayé cette thèse. Elle considère l'accusé, ami du chef milicien Georges Rutaganda (condamné à la prison à vie par le Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha et décédé en 2010), comme un combattant ayant pris une part active au génocide au côté de ce dernier.

Des témoins ont reconnu Emmanuel Nkunduwimye sur des barrages où les Tutsi étaient arrêtés et parmi les Interahamwe auteurs de massacres au complexe immobilier Amgar.

Perpétré entre avril et juillet 1994, le génocide au Rwanda a fait au moins 800.000 morts selon l'ONU. Les victimes se comptent essentiellement au sein de la minorité tutsi mais aussi parmi les Hutu modérés.

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.