CPI : les victimes de Duterte recherchent la "vérité et la justice", dit leur avocat

Les proches des victimes présumées de la "guerre contre la drogue" livrée par l'ex-président philippin Rodrigo Duterte, accusé par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l'humanité, espèrent "la vérité et la justice", a déclaré vendredi à l'AFP leur avocat Gilbert Andres.

Les conséquences de la campagne orchestrée par Rodrigo Duterte contre les usagers et les trafiquants de drogue, qui a fait des milliers de morts, se font encore sentir aujourd'hui chez les plus pauvres, la couche de la population la plus touchée, a souligné l'avocat.

"Ils veulent que leurs voix soient entendues", a ajouté Me Andres, qui représente les victimes à la CPI et qui est susceptible de jouer un rôle de premier plan dans un éventuel procès de Rodrigo Duterte.

- "La vérité et la justice" -

Il y a une chance que les victimes reçoivent des compensations financières si l'ex-président Duterte est condamné pour crime contre l'humanité "mais, plus important, c'est vraiment la vérité et la justice" qui sont en jeu, a estimé Me Andres.

Rodrigo Duterte, 80 ans, est accusé par la CPI de 43 meurtres considérés comme des crimes contre l'humanité.

Me Andres considère toutefois que de nombreuses autres victimes et familles devraient se manifester.

M. Duterte est actuellement visé par un seul chef d'accusation mais, selon leur avocat, les victimes espèrent que le procureur en ajoutera d'autres.

"Il y a eu de nombreux cas massifs de détention arbitraire qui ont eu lieu parallèlement aux meurtres de leurs proches", a souligné Me Andres.

"Il y a des exemples spécifiques de détention arbitraire et les victimes espèrent qu'ils seront également inclus dans le texte de l'accusation", a-t-il dit à l'AFP.

- "Une guerre contre les pauvres" -

Le principal avocat de Rodrigo Duterte, Nicholas Kaufman, a assuré dimanche dernier à l'AFP avoir des arguments "convaincants" justifiant un non-lieu dans la procédure engagée devant la CPI contre son client, avant même le début d'un procès.

Une audience de confirmation des charges, au cours de laquelle l'accusation et la défense présenteront leurs arguments, est actuellement prévue pour le 23 septembre.

Les Philippines se sont retirées à l'instigation de M. Duterte de la CPI en 2019 et ses partisans affirment que la Cour n'est pas compétente pour juger l'ancien président qui selon eux devrait être relâché.

Mais Me Andres affirme que la précédente jurisprudence de la CPI montre que la Cour est compétente dans cette affaire.

"Je pense qu'il y a une jurisprudence solide et une base légale" en ce sens, a-t-il dit.

Pour cet avocat, les témoignages des victimes révèleront l'impact toujours actuel de la campagne de M. Duterte contre la drogue.

"Ce n'était pas vraiment une guerre contre la drogue, c'était une guerre contre les pauvres", a-t-il résumé.

"Les soutiens de famille assassinés comme les pères, les frères, les soeurs, les mères...", ces pertes "affectent toujours le statut socio-économique" des familles des victimes, a insisté Me Andres.

- Une justice "pas seulement théorique" -

Arrêté le 11 mars, M. Duterte est actuellement en détention à La Haye où il a été transféré.

Ses partisans, arrivés de toute l'Europe, se sont rassemblés pour des manifestations bruyantes de soutien et ont organisé des veilles devant le centre de détention.

Me Andres juge positif le fait qu'ils puissent exercer leur droit à la liberté d'expression, tout en accusant l'homme qu'ils soutiennent d'avoir bafoué les droits de l'homme des victimes.

"Le droit à la vie et à un procès équitable des victimes de la guerre contre la drogue a-t-il été respecté par M. Duterte ? La réponse est catégoriquement non", a ajouté l'avocat.

Cette affaire intervient dans un contexte délicat pour la CPI.

Le président américain Donald Trump a pris des sanctions contre cette juridiction, qu'il a accusée d'avoir entrepris des "actions illégales" après qu'elle eut émis un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza.

Jeudi, la Hongrie a annoncé son retrait de la CPI, en pleine visite de M. Netanyahu, reçu par le Premier ministre hongrois Viktor Orban.

Mais selon Me Andres, l'arrestation et l'éventuel procès de M. Duterte mettent en évidence l'importance de la Cour.

"C'est très important parce que cela montre que la justice pénale internationale n'est pas simplement théorique. Elle est vraiment utile et appliquée en ce moment-même", a-t-il ajouté.

"Cela montre que les puissants peuvent toujours être amenés à rendre des comptes", a conclu cet avocat.

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