Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a annoncé mercredi la création d'une commission d'enquête sur d'éventuelles tentatives d'"entraver les investigations ou les poursuites de crimes datant de l'ère de l'apartheid", dont très peu ont abouti.
Après la fin du régime répressif violent de la minorité blanche et l'élection de l'ex-ennemi public Nelson Mandela en 1994, la commission Vérité et réconciliation, menée par Desmond Tutu, avait permis d'apaiser le pays, en offrant l'amnistie à ceux qui avoueraient leurs crimes.
Quelques 850 de ces amnisties ont été accordées. Mais la commission a aussi recommandé des poursuites dans plus de 300 affaires, qui n'ont pour la plupart jamais débouché sur un procès.
"Les allégations de pressions indues visant à retarder ou à entraver les investigations ou les poursuites de crimes datant de l'ère de l'apartheid ont persisté sous les administrations précédentes. Avec cette commission, le président Ramaphosa est déterminé à ce que les faits réels soient établis et à ce que la question soit tranchée", indique un communiqué de la présidence.
En début d'année, 25 familles de victimes et de survivants de crimes du gouvernement de l'apartheid ont lancé des poursuites contre le gouvernement sud-africain, accusé "de manquement flagrant" à enquêter.
En plus de dommages et intérêts, ils exigeaient une "commission d'enquête indépendante et publique sur l'ingérence politique qui a entraîné l'enfouissement de plusieurs centaines de crimes graves".
Souhait auquel a accédé le président Cyril Ramaphosa, lui-même passé par les geôles du régime et négociateur en chef de l'ANC, parti de Nelson Mandela, au moment de la transition.
"En tant que familles, on attend avec impatience les audiences et la recherche de la vérité sur les personnes qui, au sein de l'ANC, ont interféré avec le parquet pour empêcher les poursuites contre les assassins de nos pères", a commenté auprès de l'AFP le porte-parole des 25 familles, Lukhanyo Calata. "Leurs actes sinistres et ignobles doivent être révélés."
Une entente secrète entre les nouveaux hommes forts de l'ANC et des membres de l'ex-gouvernement de l'apartheid a longtemps été soupçonnée.
Jusqu'à ce qu'un communiqué de la fondation de Frederik de Klerk, dernier président avant les élections libres de 1994, ne le confirme en juillet 2021 quelques mois avant sa mort: "En raison d'un accord informel entre la direction de l'ANC et les anciens agents gouvernementaux d'avant 1994, le parquet national a suspendu ses poursuites pour les crimes de l'ère de l'apartheid."
Fils de l'une des quatre personnes assassinées en 1985 dans ce qui est connu comme les "meurtres de Cradock", Lukhanyo Calata a attaqué en janvier les "gouvernements successifs, à commencer par celui dirigé par l'ancien président Thabo Mbeki", le successeur de Nelson Mandela.
"La présidence annoncera prochainement le nom du président de la commission d'enquête, son calendrier et son mandat détaillé", a ajouté mercredi le chef d'Etat.
