La fierté des fidèles dans la ville natale du prétendant philippin au trône papal

Le cardinal philippin Luis Antonio Tagle a beau faire partie des favoris pour devenir le prochain pape, soeur Marilena Narvaez, qui le connaît depuis cinquante ans, l'a prévenu : elle ne priera pas pour son élection.

"J'ai peur de la politique à Rome", explique à l'AFP la religieuse catholique, âgée de 83 ans, qui avait autrefois aidé le jeune Luis Antonio à préparer un concours d'orthographe.

Son avis reste toutefois marginale à Imus, la ville où ils ont tous les deux grandi et où le cardinal Tagle, a commencé sa carrière.

Le conclave qui doit élire le successeur du pape François s'ouvre mercredi au Vatican et le cardinal philippin se place en deuxième position parmi les favoris, juste derrière l'Italien Pietro Parolin, selon le bookmaker britannique William Hill.

S'il était choisi, Luis Antonio Tagle, 67 ans, brillant orateur à l'allure juvénile et au sourire facile, deviendrait le premier souverain pontife issu du continent asiatique.

Lors d'une récente visite de l'AFP dans la ville, le petit musée consacré à l'enfant du pays était fermé et les membres de sa famille ont refusé les interviews - peut-être en réponse aux appels des évêques locaux à éviter toute "campagne" en faveur de sa candidature papale.

Mais son engagement auprès des pauvres a marqué ses quasi deux décennies dans le diocèse de sa ville natale - d'abord comme prêtre, puis comme évêque - et explique pourquoi de nombreux paroissiens espèrent le voir devenir pape.

"Ce n'est pas un saint, mais ses larmes coulent facilement pour les pauvres", confie Maria Minda Ortiz dans la cour de la cathédrale d'Imus. La vendeuse de bougies lui attribue le mérite d'avoir aidé son mari, un homme violent, à embrasser la foi chrétienne avant sa mort.

- Des débuts confortables -

Anna Fernandez, une autre marchande de bougies dont la jambe gauche est atrophiée par la polio, est elle aussi suspendue aux nouvelles de Rome. Elle avait huit ans lorsque Luis Antonio Tagle, alors prêtre, lui lava et embrassa les pieds lors de la Semaine sainte de 1995.

"J'ai tendu ma jambe droite, car c'était celle qui allait bien. Mais il m'a dit : 'Anna, donne-moi la gauche, celle avec le défaut'", se souvient-elle.

La grande bâtisse familiale, située près de la cathédrale, évoque l'enfance du cardinal, qui a fréquenté la prestigieuse école St. Andrew à Manille.

Une plaque en hommage à un membre de la famille qui a combattu les forces coloniales espagnoles il y a plus de 100 ans témoigne de l'ancienneté de la lignée familiale.

Présenté comme un progressiste et un réformateur, Tagle s'est opposé à la guerre sanglante contre la drogue lancée par le président philippin de l'époque, Rodrigo Duterte - actuellement poursuivi par la Cour pénale internationale.

Très actif sur les réseaux sociaux, celui qu'on surnomme "Chito" anime également une page Facebook suivie par plus de 640.000 abonnés.

Luis Antonio Tagle reste fidèle aux enseignements traditionnels de l'Église, à l'image du pape François décédé le mois dernier, sur l'avortement ou le divorce. Et bien qu'il ait dénoncé certains évêques lors d'un sommet du Vatican sur les abus sexuels en 2019, les Philippines en sont encore au "Moyen Âge" sur ce sujet, selon le directeur de BishopAccountability.org.

- "Notre fierté de Philippins" -

L'ONG américaine, qui documente les violences sexuelles contre des mineurs dans l'Église, souligne qu'une seule victime s'est exprimée publiquement sur le sujet dans le pays.

"S'il est choisi, ce sera notre fierté en tant que Philippins, mais il y a beaucoup de candidats", résume Francisco Abella Jr, qui exerce à la paroisse d'Imus.

"Le cardinal nous a dit qu'il n'y croyait pas vraiment", ajoute-t-il, en rapportant une conversation récente du cardinal avec des employés paroissiaux.

Qu'il soit élu ou non, soeur Narvaez pense que le cardinal Tagle l'acceptera avec sérénité, exactement comme il l'avait fait lors d'un concours d'orthographe, il y a bien des années de cela.

"Nous nous sommes préparés pendant deux semaines. Il avait pratiquement mémorisé tout le dictionnaire", se souvient-elle.

"Nous avons perdu à cause d'un seul mot - 'chartreuse'".

Sa réaction fut typique d'un homme qui, selon elle, a gardé les pieds sur terre : "Il n'a pas été amer. Il avait fait de son mieux, et c'est tout ce qui comptait."

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