Le fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam, a été inhumé vendredi à Bani Walid, bastion des partisans du régime de son père, venus en foule le célébrer comme un "martyr" et dénoncer son "élimination" destinée selon eux à empêcher une réunification de la Libye.
Des milliers de personnes ont afflué dans cette ville, à 170 km au sud de Tripoli, pour les obsèques de Seif al-Islam Kadhafi, considéré comme le dauphin à visage présentable de son père jusqu'à la rébellion de 2011, et assassiné mardi à Zenten (nord-ouest).
Le parquet a ouvert une enquête pour retrouver les auteurs, "un commando de quatre personnes", selon l'avocat français de Seif al-Islam Kadhafi, Marcel Ceccaldi.
Depuis la chute et la mort du colonel Kadhafi en 2011 après plus de 40 ans de règne, la Libye peine à retrouver la stabilité.
Deux exécutifs s'y disputent le pouvoir: un gouvernement basé à Tripoli (ouest), dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l'ONU et un autre à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar.
Avant la prière du vendredi, une foule a défilé à Bani Walid, brandissant le drapeau vert de la Libye de Kadhafi et des portraits du "Guide de la Révolution" et de son fils Seif.
- "Seul obstacle" -
Les manifestants scandaient des slogans tels que "le sang des martyrs n'a pas coulé en vain" et "vengeance pour le martyr".
Waad Khamis Ibrahim, 33 ans, est venue de Syrte, ville d'origine des Kadhafi, contrôlée par les troupes pro-Haftar, pour "accompagner le fils de notre leader, en qui nous placions espoir, avenir et dignité".
Elle a rendu responsables de sa mort les exécutifs de l'est et de l'ouest, évoquant une rencontre récente entre émissaires des deux camps à Paris sous l'égide des Etats-Unis. Ils s'y sont "accordés pour estimer que le seul obstacle sur leur chemin était Seif al-Islam", a-t-elle accusé.
Pour Sabri Gachout, arrivé de Tripoli, Seif al-Islam a été tué "à ce moment précis pour l'exclure du processus électoral", pouvant déboucher sur une réunification du pays.
En 2021, Seif al-Islam était réapparu en public par surprise pour déposer sa candidature à un scrutin présidentiel, prévu par un processus de réunification parrainé par l'ONU mais qui ne s'est pas encore tenu faute d'entente entre l'est et l'ouest sur ses modalités.
"Il était perçu comme une figure de paix et réconciliation", abonde Mohamed al-Sghayer, 46 ans, résidant à Bani Walid.
Cette ville de 100.000 habitants est le fief de la puissante tribu des Werfalla, restée fidèle au colonel Kadhafi. A chaque anniversaire de son coup d'Etat du 1er septembre 1969, la ville arbore des drapeaux verts et les habitants paradent avec son portrait.
Les obsèques se sont déroulées sur une esplanade où diverses personnalités ont prononcé des discours appelant à traduire les assassins en justice. Il a été ensuite inhumé dans un cimetière de la ville.
Recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité lors de la rébellion de 2011, Seif al-Islam Kadhafi avait été arrêté en 2011 dans le sud libyen, détenu à Zenten puis condamné à mort en 2015 avant de bénéficier d'une amnistie et de disparaître de la vie publique.

