Atrocités au Soudan: il aurait été possible d'éviter la "catastrophe" d'El-Facher

Les atrocités commises lors de la prise d'El-Facher au Soudan sont une "catastrophe" qu'il aurait été possible d'éviter, a assuré lundi le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits humains, affirmant craindre que les choses se répètent dans le Kordofan.

Depuis avril 2023, une guerre meurtrière oppose l'armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR), toutes deux accusées d'atrocités. Et la guerre a plongé plus de 21 millions de personnes dans l'insécurité alimentaire à travers le pays.

"Mon bureau a tiré la sonnette d'alarme sur le risque d'atrocités de masse dans la ville assiégée d'El-Facher pendant plus d'un an", a déclaré Volker Türk, devant le Conseil des droits humains de l'ONU à Genève.

"La menace était évidente, mais nos avertissements ont été ignorés", a-t-il ajouté.

La prise d'El-Facher par les FSR en octobre a été marquée, selon de nombreux rapports, par des massacres, viols et enlèvements.

"La responsabilité de ces atrocités incombe entièrement aux FSR, à leurs alliés et à ceux qui les soutiennent", a affirmé M. Türk.

Mais "si nous restons les bras croisés, à nous lamenter tandis que les armées et des groupes armés commettent des crimes internationaux (...), nous ne pouvons que nous attendre à pire", a-t-il assuré.

- Kordofan -

"Je suis extrêmement préoccupé par la possibilité que ces violations et exactions se reproduisent dans la région du Kordofan. Les combats s'y sont intensifiés depuis la prise d'El-Facher", a indiqué M. Türk.

Depuis la prise d'El-Facher, dernier bastion de l'armée dans la vaste région voisine du Darfour (ouest du pays), les paramilitaires ont recentré leurs opérations sur le Kordofan, zone stratégique qui fait la jonction entre celles tenues par l'armée dans le nord, l'est et le centre, et le Darfour.

Ces deux dernières semaines, l'armée soudanaise et ses alliés ont brisé les sièges de Kadougli et de Dilling, mais "les frappes de drones des deux camps se poursuivent, faisant des dizaines de morts et de blessés parmi les civils", a indiqué M. Türk.

Selon son bureau, sur une période d'un peu plus de deux semaines, allant jusqu'au 6 février, "quelque 90 civils ont été tués et 142 blessés lors de frappes de drones menées par les FSR et les FAS (Forces armées soudanaises)", a-t-il détaillé, indiquant que ces attaques ont touché "un convoi du Programme alimentaire mondial, des marchés, des installations sanitaires et des quartiers résidentiels".

- embargo sur les armes -

Les paramilitaires soudanais ont commis des "massacres" au Darfour, dont ils tentent de dissimuler les victimes dans des "fosses communes", a rapporté le 19 janvier la procureure adjointe de la Cour pénale internationale (CPI), Nazhat Shameem Khan.

Informant le Conseil de sécurité des Nations unies, elle a déclaré que "selon l'évaluation du bureau du procureur, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité" ont été commis lors de la prise de contrôle d'El-Facher.

"Nos propres constats corroborent pleinement cette conclusion. Ils seront détaillés dans un rapport qui sera publié dans les prochains jours", a indiqué M. Türk, qui s'est rendu au Soudan en janvier.

De nombreux pays ont dénoncé devant le Conseil des droits de l'homme les violences au Soudan.

"L'horreur doit cesser", a demandé la représentante française.

"Tout soutien extérieur au conflit doit cesser et l'embargo sur les armes - embargo dont la France soutient l'extension à l'ensemble du Soudan - doit être respecté", a-t-elle ajouté.

De son côté, "l'UE est profondément préoccupée par la situation au Kordofan et réaffirme que les horreurs" à El-Facher "ne doivent pas se reproduire", a indiqué un représentant.

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.
Poursuivez la lecture...