Un des responsables du massacre du 28 septembre 2009 en Guinée, Aboubacar Sidiki Diakité, alias "Toumba", a été transféré mardi matin hors de la prison centrale de Conakry, le matin-même où des tirs nourris "d'armes automatiques" ont été entendus pendant plus d'une demi-heure dans cet établissement pénitentiaire.
Cet ancien chef de l'unité de protection de l'ex-dictateur Moussa Dadis Camara purge une peine de 10 ans de prison pour "crimes contre l'humanité" pour son rôle dans le massacre du 28 septembre 2009, considéré comme l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire contemporaine de la Guinée.
Pendant "une opération de contrôle et de fouille inopinée" à la Maison centrale de Conakry, M. Diakité "a fait preuve d'une attitude agressive en refusant de se soumettre à la fouille, tout en proférant des menaces à l'encontre des agents de sécurité", affirme un communiqué du procureur de la Cour d'appel de Conakry, Fallou Doumbouya, publié sur le compte Facebook du ministère de la Justice.
"Face à cette situation alarmante, qui compromettait la sécurité de l'établissement", M. Diakité a été transféré à la Maison centrale de Coyah, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Conakry, selon ce même communiqué.
Ses avocats ont dénoncé "avec la plus grande fermeté" une "mesure arbitraire", "contraire au droit", selon un communiqué transmis à l'AFP.
Les autorités n'ont pas fait explicitement le lien entre ce transfèrement et les tirs nourris "d'armes automatiques" entendus mardi matin. Le communiqué du procureur ne fait aucune référence directe à l'incident.
Selon plusieurs riverains et témoins contactés par l'AFP, les tirs ont commencé peu avant 09H00 (locales et GMT) et duré un peu plus d'une demi-heure.
"J'ai entendu des bruits de véhicules qui roulaient à vive allure, je me suis précipité vers la fenêtre et j'ai entendu des tirs d'armes automatiques", a raconté à l'AFP Thierno Baldé, un expert comptable qui travaille dans le quartier.
L'accès à la commune de Kaloum a été fermé après ces tirs, avant d'être rouvert en fin de matinée, a constaté un journaliste de l'AFP.
Selon ce journaliste de l'AFP, trois ambulances ont quitté la prison centrale en fin de matinée.
- "Débandade" -
Une habitante du quartier, dont le domicile se trouve à côté de la prison, affirme qu'il "y a eu des tirs à l'intérieur et il y a eu une débandade".
"Nous sommes arrivés (en voiture) au niveau de la prison, nous avons entendu des tirs et puisqu'il y avait un embouteillage, nous nous sommes précipités chacun de notre côté pour fuir", a raconté de son côté à l'AFP Abdouramane Doukouré, fonctionnaire à la retraite.
Kaloum, situé sur une péninsule, est le siège de la présidence, du gouvernement, des institutions, du quartier général de l'armée mais aussi de la prison centrale.
"Toumba" Diakité, arrêté à Dakar en 2016 et extradé en Guinée en 2017, doit recouvrer la liberté en 2027 après avoir purgé sa peine de 10 ans de prison pour son rôle dans le massacre du 28 septembre 2009.
Ce jour là, au moins 156 personnes avaient été tuées, par balle, au couteau, à la machette ou à la baïonnette, et des centaines d'autres blessées, dans la répression d'un rassemblement de l'opposition à Moussa Dadis Camara dans un stade de Conakry. Au moins 109 femmes avaient été violées.
Les exactions, dont les chiffres réels sont probablement plus élevés, ont continué plusieurs jours contre des femmes séquestrées et des détenus torturés.
Cet évènement constitue l'un des plus brutaux qu'ait connu ce pays d'Afrique de l'Ouest, principalement dirigé par des régimes autoritaires depuis son indépendance de la France en 1958.
Egalement dans la prison centrale de Conakry, un commando lourdement armé avait tenté en novembre 2023 de faire évader l'ancien dictateur guinéen Moussa Dadis Camara, provoquant des échanges de tirs nourris et faisant plusieurs morts.
Lui et trois autres anciens responsables avaient été extraits de prison alors qu'ils attendaient leur jugement pour leur rôle dans le massacre de 2009 sous la présidence de M. Camara (2008-2010).
M. Camara a par la suite été rattrapé, et condamné en juillet 2024 à 20 ans de prison pour crimes contre l'humanité. Il a finalement été gracié pour "raison de santé" par le président Mamadi Doumbouya en mars 2025.
La Guinée est dirigée d'une main de fer par le général Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 2021 et élu à la tête de la Guinée lors d'une présidentielle sans opposant d'envergure en décembre.
Sous la présidence de M. Doumbouya, plusieurs partis politiques ont été suspendus, les manifestations - interdites depuis 2022 - sont réprimées et de nombreux dirigeants de l'opposition et de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l'exil.
Les nouvelles de disparitions forcées et d'enlèvements se sont aussi multipliées.
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