Première polémique à la Berlinale, autour du conflit dans la bande de Gaza

La question d'un journaliste sur Israël et la bande de Gaza a provoqué une première polémique à la Berlinale, après le refus de membres du jury de prendre position, son président Wim Wenders déclarant vouloir "rester en dehors de la politique".

Dans un communiqué adressé à l'AFP, l'écrivaine indienne Arundhati Roy s'est dite vendredi "choquée et écoeurée" par la réponse du cinéaste allemand à une question sur Gaza posée en conférence de presse la veille.

Arundhati Roy, 64 ans, lauréate en 1997 du prix Booker pour son roman "le Dieu des Petits Riens", est l'un des écrivains indiens contemporains les plus célèbres. Ses engagements militants en ont aussi fait une figure polarisante dans son pays.

Elle avait été annoncée en tant qu'invitée du festival pour présenter une version restaurée du film de 1989 "In Which Annie Gives It Those Ones", dans lequel elle avait joué et dont elle a écrit le scénario.

Elle annule sa venue en raison des "déclarations inadmissibles", selon elle, "des membres du jury (...) lorsqu'on leur a demandé de commenter le génocide à Gaza".

Jeudi pendant la conférence de presse ayant précédé l'ouverture du festival, le jury avait été interrogé sur le soutien de l'Allemagne à Israël malgré son offensive dans la bande de Gaza, qualifiée de génocide par une commission de l'ONU en 2025.

"Nous voulons aussi parler des films", avait aussitôt répondu la directrice du festival, Tricia Tuttle, cherchant à éviter une polémique.

"Nous devons rester en dehors de la politique" dont "nous sommes le contrepoids" et "l'opposé", avait renchéri Wim Wenders, Palme d'or à Cannes en 1984 avec "Paris, Texas".

"Nous poser cette question est un peu injuste", a aussi lancé la productrice polonaise Ewa Puszczynska, pour qui "chacun d'entre nous ici peut avoir d'autres préoccupations et prendre d'autres décisions".

Des commentaires fustigés par Arundhati Roy, pour qui "entendre dire que l'art ne devrait pas être politique est sidérant". "C'est une manière de fermer la discussion sur un crime contre l'humanité".

"Ce qui s'est passé à Gaza, ce qui continue de s'y passer, est un génocide du peuple palestinien perpétré par l'Etat d'Israël (...). Si les plus grands cinéastes et les plus grands artistes de notre époque ne peuvent pas se lever pour le dire, qu'ils sachent que l'histoire les jugera", a dit Mme Roy dans une déclaration transmise à l'AFP.

- Fracture du 7-Octobre -

En raison de sa responsabilité historique dans la Shoah, l'Allemagne est l'un des principaux soutiens d'Israël, ce qui lui vaut de nombreuses critiques compte tenu, notamment, de la situation dans la bande de Gaza.

Une commission mandatée par l'ONU et plusieurs ONG, dont Amnesty International et Human Rights Watch, accusent Israël de perpétrer un génocide dans ce territoire palestinien. Israël qualifie ces allégations de "mensongères" et d'"antisémites".

Depuis l'attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023 à partir de la bande de Gaza, le conflit n'a cessé d'ébranler la Berlinale, un festival perçu comme progressiste et soutenu par le gouvernement allemand.

Cet assaut a entraîné la mort de 1.221 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles.

Depuis cette date, plus de 71.000 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza au cours d'opérations militaires israéliennes déclenchées en réponse à cette attaque, d'après le ministère de la Santé de ce petit territoire côtier.

Pendant l'édition 2024 de la Berlinale, plusieurs cinéastes avaient fustigé ces représailles israéliennes. Keffieh sur les épaules, le réalisateur américain Ben Russel avait accusé les Israéliens de commettre un "génocide".

Le cinéaste palestinien Basel Adra, auteur avec l'Israélien Yuval Abraham du documentaire "No Other Land" sur la colonisation en Cisjordanie, avait ajouté, sous les applaudissements du public, que les Gazaouis étaient massacrés par Israël.

En 2025, le festival a voulu tourner la page des accusations d'antisémitisme avec un documentaire sur un otage israélien.

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