Pérou : annulation de la condamnation d'un ex-militaire pour l'assassinat d'un journaliste

Le Tribunal constitutionnel du Pérou a annulé la condamnation à douze ans de prison d'un ex-chef du renseignement militaire pour l'assassinat d'un journaliste en 1988, durant le conflit avec la guérilla maoïste du Sentier lumineux, et ordonné sa libération.

"Est déclarée nulle la sentence qui a condamné Daniel Urresti à douze ans de peine privative de liberté" pour l'assassinat de Hugo Bustios, indique la décision du tribunal datée du 6 février mais annoncée vendredi par la haute cour.

"En conséquence, elle ordonne la libération immédiate de Daniel Urresti", qui avait été jugé puis incarcéré en 2023, précise-t-elle.

La décision établit qu'une loi de 2024 doit être appliquée. Celle-ci prévoit que les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre ne peuvent être appliqués qu'aux faits survenus à partir du 1er juillet 2002, date d'entrée en vigueur au Pérou du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

Le Tribunal constitutionnel a estimé que le délit pour lequel Daniel Urresti, 69 ans, avait été condamné était donc prescrit au moment du verdict.

"Après trois années d'un combat judiciaire intense, la justice a enfin prévalu. Il n'aurait jamais dû être condamné", a déclaré sur le réseau social X Juanita de Urresti, l'épouse de l'ex-militaire.

La Coordination nationale des droits humains (CNDDHH) a dénoncé dans un communiqué "un grave recul dans la lutte contre l'impunité".

De son côté, l'Association nationale des journalistes (ANP) a rejeté "la décision qui empêche l'exécution d'une condamnation définitive et affaiblit les engagements internationaux de l'Etat".

"Ta mémoire, papa, sera toujours au-dessus de l'ignominie", a déclaré Sharmeli Bustios, fille du journaliste.

En novembre 1988, Hugo Bustios, correspondant de l'hebdomadaire de Lima Caretas à Ayacucho, dans le sud-est du pays, avait été abattu lors de ce qui était présenté comme un contrôle militaire. L'armée avait d'abord imputé le crime à la guérilla du Sentier lumineux.

Daniel Urresti était alors officier du renseignement de l'armée à Ayacucho. Par la suite, entre 2013 et 2021, il a été ministre de l'Intérieur, parlementaire puis candidat à la présidentielle.

La guerre civile péruvienne, qui a sévi de 1980 à 2000, a fait près de 70.000 morts, selon la Commission de la Vérité et de la Réconciliation, qui a attribué des violations des droits humains au Sentier Lumineux comme aux forces armées.

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