L'avocat de Rodrigo Duterte a affirmé jeudi qu'il n'existait aucun lien avéré entre les discours "particulièrement hauts en couleur et bourrus" de l'ancien président philippin et les meurtres dont il est accusé à la Cour pénale internationale.
Au troisième jour d'audiences dites de "confirmation des charges" qui détermineront si M. Duterte, 80 ans, sera jugé pour des crimes contre l'humanité présumés commis dans le cadre de sa "guerre contre la drogue", l'avocat Nicholas Kaufman a déclaré que les procureurs n'avaient pas réussi à prouver que son client avait directement ordonné des meurtres.
"Il n'y a pas de preuve irréfutable dans cette affaire", a déclaré M. Kaufman devant les trois juges de la CPI.
"Aucun témoin lié aux 49 incidents dont M. Rodrigo Duterte est accusé ne témoignera qu'il a reçu l'ordre direct de l'ancien président de tuer quelqu'un", a ajouté l'avocat.
Les audiences se déroulent en l'absence de l'ancien homme fort des Philippines, qui a renoncé à son droit de comparaître.
Plus tôt dans la semaine, les procureurs ont affirmé que M. Duterte avait joué un rôle central dans une campagne d'exécutions extrajudiciaires qui, selon les organisations de droits humains, a fait des milliers de morts.
Les procureurs accusent M. Duterte d'avoir personnellement dressé des listes de personnes à abattre, incité à commettre des meurtres et de s'en être par la suite vanté. Ils ont présenté aux juges plusieurs vidéos sur lesquelles on voit l'ancien président menaçant de tuer des consommateurs présumés de drogue et plaisantant sur ses talents en matière d'exécutions extrajudiciaires.
M. Kaufman a rétorqué que l'accusation avait "trié sur le volet" les discours et ignoré des dizaines d'exemples où M. Duterte soulignait la nécessité d'agir dans le respect de la loi.
L'avocat a cité un discours de l'ancien chef de l'Etat, ordonnant : "Ne tuez pas si vous ne risquez pas de perdre la vie".
- Témoins "peu fiables" -
M. Kaufman a également remis en cause la crédibilité des témoignages sur lesquels se sont appuyés les procureurs pour inculper M. Duterte, les témoins ayant parfois été les auteurs directs des meurtres.
Les témoins à charge sont "intrinsèquement peu fiables car ce sont des meurtriers avoués qui témoignent en échange d'une immunité quasi-totale devant la CPI", a déclaré M. Kaufman.
Il y a "quelque chose de moralement répugnant, voire de discutable du point de vue de l'ordre public, à protéger non pas un seul mais plusieurs meurtriers de poursuites devant la CPI dans le seul but de coincer Rodrigo Duterte", a-t-il ajouté.
L'avocat a par ailleurs qualifié les déclarations des témoins à charge d'"hypothèses fondées sur des ouï-dire", et a exhorté les juges à leur accorder "un poids probatoire négligeable".
En début de journée, M. Kaufman a souligné que la défense tenait à ne pas manquer de respect à "l'âme des personnes défuntes" et ne minimisait "pas la perte de vies humaines."
Un avocat représentant les victimes a dit mardi à la CPI que la Cour était le "dernier refuge" pour les proches dans leur quête de justice.
À l'issue des quatre jours d'audiences, les juges de la CPI, qui siège à La Haye, auront 60 jours pour décider s'ils procéderont à un procès.

