Un sénateur philippin pro-Duterte a été inculpé vendredi pour corruption, selon des documents rendus publics par le médiateur du pays, quelques jours avant le procès en destitution de la vice-présidente et fille de l'ancien président, Sara Duterte.
Il est le deuxième allié de Mme Duterte à être inculpé en un peu plus d'un mois, après l'incarcération de Jose "Jinggoy" Estrada. Un troisième soutien de la vice-présidente est en fuite.
Tous trois étaient considérés comme des voix acquises à Sara Duterte, fille de l'ex-président Rodrigo Duterte -- chef de l'Etat de 2016 à 2022 -- et opposés à sa destitution. Le procès en destitution s'ouvre lundi.
Les chefs d'accusation à l'encontre du sénateur Rodante Marcoleta, inculpé vendredi, incluent le "pillage", un délit qui ne peut pas faire l'objet d'une libération sous caution.
"Les preuves comprennent trois dons en espèces d'un montant total de 75 millions de pesos (1 million d'euros), non déclarés dans (la déclaration de patrimoine) du sénateur ni dans ses rapports financiers de campagne", précise le bureau du médiateur dans un communiqué, ajoutant que M. Marcoleta avait "publiquement confirmé avoir reçu cet argent".
A ce stade, aucune des parties n'a confirmé l'émission d'un mandat d'arrêt à l'encontre de M. Marcoleta, 72 ans.
Mardi, des milliers de membres de l'Iglesia Ni Cristo (INC), une puissante secte philippine liée à la dynastie politique des Duterte, sont descendus dans les rues pour protester contre les accusations qui pèsent sur lui, paralysant la circulation dans la capitale.
Le mois dernier, Jose "Jinggoy" Estrada, a été incarcéré pour son rôle présumé dans un vaste scandale de corruption lié à de faux projets de lutte contre les inondations.
Le sénateur Ronald "Bato" Dela Rosa, lui, est actuellement en fuite après avoir échappé à une arrestation en vertu d'un mandat de la Cour pénale internationale (CPI) pour son rôle dans la guerre meurtrière contre la drogue menée par l'ex-président Rodrigo Duterte.
Selon la Constitution, une majorité des deux tiers des membres du Sénat, qui compte 24 sièges, est nécessaire pour prononcer la destitution de Sara Duterte.
Mais les modalités du vote posent désormais question. La procureure chargée de la destitution, la députée Gerville "Jinky" Luistro, a estimé que le seuil des deux-tiers devait être calculé uniquement sur la base des sénateurs participant au vote.
"Si un sénateur est en prison, en fuite, à l'hôpital ou à l'étranger (...) comment allons-nous les prendre en compte pour déterminer (...) le nombre de voix requis ?", s'est-elle interrogée lors d'une conférence de presse le mois dernier.
Si Sara Duterte est déclarée coupable à l'issue de ce procès, qui pourrait durer plusieurs mois, elle sera destituée et déclarée inéligible à vie, alors qu'elle s'est portée candidate à l'élection présidentielle de 2028.

