Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a reproché mercredi à la Serbie de ne pas coopérer pour l'arrestation de trois accusés soupçonnés de subornation de témoins dans deux procès contre l'ultranationaliste serbe Vojislav Seselj.
La TPIY a émis en janvier 2015 des mandats d'arrêt contre deux membres de l'équipe de défense de M. Seselj, Petar Jojic et Vjerica Radeta, et contre un des proches de M. Seselj, Jovo Ostojic.
Ils sont accusés d'avoir "menacé, intimidé, tenté de soudoyer, ou d'avoir interféré d'une autre manière avec deux témoins", selon le texte des mandats d'arrêt.
"Il est clair aux yeux de la chambre que la Serbie ne coopère pas à cet égard", a déclaré le juge Alphons Orie lors d'une audience publique au TPIY, qui siège à La Haye, destinée à discuter de la question.
"Vous avez eu plus d'un an pour les arrêter", a-t-il ajouté à l'attention du représentant légal de Belgrade à cette audience, Sasa Obradovic.
Le juge a ordonné à la Serbie de remettre toutes les deux semaines au TPIY un rapport sur ses efforts en vue d'interpeller ces accusés.
A Belgrade, le ministre serbe de la Justice, Nikola Selakovic, a réagi en protestant contre un "comportement arrogant" du TPIY contre le représentant serbe et annoncé l'envoi d'une "note de protestation" à la cour internationale.
Il a expliqué que M. Obradovic avait tenté d'expliquer la position serbe, mais que le juge Orie voulait uniquement savoir quand les trois accusés seraient arrêtés.
"Le tribunal s'est comporté de manière arrogante envers le représentant (serbe) et c'est une nouvelle honte" pour le TPIY, a déclaré le ministre serbe, cité par l'agence Beta.
M. Selakovic a ajouté que la Serbie entendait poursuivre sa coopération avec le TPIY, mais "conformément aux intérêts nationaux et de l'Etat".
Selon le mandat d'arrêt, MM. Jojic et Ostojic auraient approché illégalement un témoin à charge dans le procès principal de Vojislav Seselj. Ce témoin aurait été poussé à "signer sans la lire une déclaration" corrigée par la défense de Seselj.
Le leader ultranationaliste doit répondre de nettoyage ethnique contre des Croates, des Musulmans et d'autres non-Serbes pendant les guerres de l'ex-Yougoslavie dans les années 1990. Un jugement est attendu en 2016.
L'avocate Vjerica Radeta aurait elle approché un témoin à charge dans une affaire d'outrage au TPIY contre M. Seselj. Lors de ce procès pour outrage, M. Seselj avait été condamné en 2012 à deux ans de prison.
La défense de M. Seselj "aiderait" ce deuxième témoin s'il modifiait son témoignage et passait de son côté. Ce témoin aurait alors reçu 500 euros par mois, réglés par le Parti radical serbe de l'accusé.
Vojislav Seselj, écroué depuis 2003, avait été autorisé à revenir en Serbie fin 2014 pour y être traité contre un cancer, dans l'attente du verdict sur le fond le concernant. Depuis son retour en Serbie, il ne cesse de multiplier les déclarations provocatrices à l'adresse du TPIY et a renoué avec la rhétorique nationaliste en prônant la création d'une "Grande Serbie".
