C'est une femme et elle s'appelle Fujimori: Keiko, la favorite des sondages et fille de l'ancien président Alberto Fujimori, actuellement en prison, pourrait devenir la première présidente du Pérou, où 23 millions d'électeurs sont appelés à voter dimanche.
Sur 19 candidats au départ, neuf ont abandonné ou ont été écartés par une nouvelle loi électorale, valable jusqu'au jour même du vote. Elle interdit, sous peine d'exclusion, la distribution d'argent ou de cadeaux durant la campagne.
Depuis le début de la campagne, Keiko Fujimori (Fuerza Popular, droite) est la favorite avec un tiers des intentions de vote, malgré l'héritage controversé de son père. A la fois avantagée et desservie par son patronyme, elle ne devrait cependant pas dépasser la barre des 50%, et devra donc affronter un second tour le 5 juin.
Après s'être inclinée lors de la précédente élection de 2011 face au président sortant Ollanta Humala, ex-militaire qui s'était soulevé contre son père, l'héritière du clan Fujimori a parcouru le pays sans renier totalement son héritage, tout en s'affichant comme une démocrate moderne et indépendante.
A 77 ans, l'ombre de l'ancien président populiste et autoritaire (1990-2000), qui purge actuellement une peine de 25 ans de prison pour corruption et crime contre l'humanité, plane toujours sur la trajectoire de sa fille.
- 'Le gringo' -
Loin derrière, deux candidats font jeu égal pour tenter d'accéder au second tour: le libéral Pedro Pablo Kuczynski, surnommé "le gringo" à cause de son accent, et la jeune gauchiste Veronika Mendoza, 35 ans. Ce nouveau visage de la politique, qui a étudié en France, a progressé dans les sondages ces dernières semaines grâce à une proposition économique alternative.
Un vent de nouveauté dans un pays où tous les présidents, indépendamment de leur couleur politique, ont défendu l'économie de marché.
Dernier exemple en date, Ollanta Humala, l'actuel président, a rejoint l'orthodoxie économique après avoir flirté durant sa campagne avec un socialisme inspiré du défunt dirigeant vénézuélien Hugo Chavez. Malgré cela, il laisse la Casa Pizarro, le siège du gouvernement, avec un très faible taux de popularité, une croissance en net ralentissement (2,35% en 2015) et sans aucun candidat de son parti pour lui succéder.
Parmi les autres candidats figurent Alan Garcia et Alejandro Toledo, deux anciens présidents éclaboussés par des scandales de corruption. Ils n'ont pas su séduire un électorat déçu par la classe politique traditionnelle.
- Electorat volatil -
"Au Pérou, on vote pour la personne qui inspire le plus de confiance et de sympathie et non pour des programmes économiques ou idéologiques", explique l'ancien ministre du Travail Jorge Gonzalez Izquierdo, qui assure qu'une victoire de Keiko Fujimori au premier tour "ne garantit en rien" qu'elle s'imposera au second.
"Le deuxième tour est un nouveau match de foot où l'on remet les compteurs à zéro", résume-t-il.
L'électorat péruvien semble imprévisible, comme il l'a démontré en 1990 lorsque l'inconnu Alberto Fujimori s'était imposé face à l'archifavori, l'écrivain et prix Nobel Mario Vargas Llosa.
Difficile donc de pronostiquer le résultat de dimanche, jour où les Péruviens sont également appelés à élire les 130 députés du parlement monocaméral.
Celui ou celle qui prendra les rênes du pays à partir du 28 juillet devra faire face à de nombreux défis. Outre une insécurité rampante et une économie dépendante des ressources minières, de la pêche et de l'agriculture, le pays connaît un net ralentissement économique, avec une prévision de croissance pour 2016 de 3%, très loin des 6,9% de 2011.
Ce chiffre est "bien en dessous des 7% (de croissance) qui seraient nécessaires pour résoudre les problèmes de l'extrême pauvreté, de l'inégalité dans la distribution des richesses et l'inégalité des chances" dont souffrent les Péruviens, souligne l'ancien ministre du Travail.
Le pays de 31 millions d'habitants reste également marqué par la pauvreté, même si celle-ci est en recul (de 58,7% en 2004 à 22,7% en 2014), par le poids de l'économie informelle (60% de la population active) et par les disparités sociales, ethniques et géographiques.
