Les Péruviens sont appelés dimanche à élire leur président, un scrutin marqué par la course en tête de Keiko Fujimori et par une loi électorale qui permet de disqualifier des candidats jusqu'au dernier moment.
Tel un signe prémonitoire, une attaque samedi dans le centre du pays a fait deux morts, un soldat et un civil. Les autorités l'attribuent à des éléments restants du Sentier Lumineux, guérilla maoïste violemment combattue par l'ex-homme fort du Pérou Alberto Fujimori (1990-2000) qui en était presque venu à bout.
A 77 ans, l'ombre de l'ancien président populiste et autoritaire qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crime contre l'humanité plane toujours sur la trajectoire de sa fille de 40 ans, grande favorite du scrutin.
Quelque 23 millions de Péruviens se rendent aux urnes dimanche pour le premier tour de la présidentielle et afin d'élire leurs parlementaires.
Une nouvelle loi électorale, adoptée en janvier et qui permet de disqualifier des candidats jusqu'au dernier moment, faisait planer une incertitude sur les candidats le jour du vote.
Cette nouvelle législation interdit, sous peine d'exclusion, la distribution d'argent ou de cadeaux durant la campagne. Pour ouvrir une enquête, une simple plainte suffit.
Des 19 candidats inscrits au départ, neuf ont déjà été mis hors-jeu ou ont renoncé.
Cette loi, conçue à l'origine pour combattre la corruption et l'achat de voix, est contestée par certains juristes et spécialistes électoraux car elle laisse la possibilité d'éliminer des candidats jusqu'au jour même du vote, faisant régner l'incertitude.
- 'Malléabilité des votants' -
Signe de cette confusion, les millions de bulletins de vote comportent encore les photos et les noms de 14 candidats, quatre d'entre eux s'étant retirés après l'impression, mi-mars.
Si depuis le début de la campagne, Mme Fujimori (Fuerza Popular, droite) est la favorite, malgré l'héritage controversé de son père, l'électorat péruvien reste très imprévisible, souligne Gaspard Estrada, directeur exécutif de l'Opalc, l'observatoire sur l'Amérique latine de SciencesPo Paris.
"Les tendances des élections sont assez difficilement déchiffrables. Il y a une grande malléabilité des votants. Le Pérou est un pays où ça peut bouger très fortement à la fin de la campagne, quand les intentions de vote se cristallisent", déclare-t-il à l'AFP.
Il l'a démontré en 1990 lorsque l'inconnu Alberto Fujimori s'était imposé face à l'archifavori, l'écrivain et prix Nobel Mario Vargas Llosa.
Mais à en croire les derniers sondages, "Keiko" est toujours solidement installée en tête, avec 31,5 à 35,4% des intentions de vote.
A la fois avantagée et desservie par son patronyme, elle ne devrait cependant pas dépasser la barre des 50%, et aura donc à affronter un second tour le 5 juin.
Lors du dernier meeting électoral, Keiko a promis d'appliquer un ambitieux plan sécuritaire pour en finir avec la délinquance, une des principales préoccupations des Péruviens. Sa politique pénitentiaire, avec des prisons à plus de 4.000 mètres d'altitude, rappelle celle de son père qui avait isolé les guérilleros.
Loin derrière avec 14,8 à 17,3%, l'économiste de droite Pedro Pablo Kuczynski, surnommé "el gringo" à cause de son accent, est au coude-à-coude pour la deuxième place avec la jeune parlementaire de gauche Veronika Mendoza (13,8 à 16,8%).
Cette psychologue de 35 ans a enregistré une forte progression durant les derniers jours de la campagne, rattrapant l'ex-banquier de Wall Street de 77 ans pour tenter d'accéder au second tour.
Celui ou celle qui prendra les rênes du pays à partir du 28 juillet devra faire face à de nombreux défis. Outre une insécurité rampante et une économie dépendante des ressources minières, de la pêche et de l'agriculture, le pays connaît un net ralentissement économique, avec une prévision de croissance pour 2016 de 3%, très loin des 6,9% de 2011.
Ce chiffre est "bien en dessous des 7% (de croissance) qui seraient nécessaires pour résoudre les problèmes de l'extrême pauvreté, de l'inégalité dans la distribution des richesses et l'inégalité des chances" dont souffrent les Péruviens, souligne l'ancien ministre du Travail Jorge Gonzalez Izquierdo.
