Le Premier ministre de centre droit Aleksandar Vucic, ultra-favori pour remporter les législatives dimanche, appelle les Serbes à tourner le dos aux "années noires" et à offrir à leur pays un avenir européen, qu'il estime incarner.
"Le choix, c'est d'un côté le passé, c'est de refaire de la Serbie un lépreux en Europe. Ou alors c'est de voter pour l'avenir. Une Serbie respectable, moderne et différente doit vaincre la Serbie du passé", a dit pour clore sa campagne jeudi le leader du Parti progressiste (SNS) crédité dans les sondages d'environ 50% des voix.
Homme fort du pays depuis quatre ans, chef du gouvernement depuis deux, il a convoqué ces élections anticipées pour affermir son emprise sur le pouvoir et poursuivre sans pression les négociations d'adhésion avec l'Union européenne, réellement entamées fin 2015.
Une des grandes questions du scrutin est le score des deux listes d'extrême droite, créditées ensemble de 10 à 15% des suffrages. Les regards se portent notamment sur les Radicaux (SRS, extrême droite) de Vojislav Seselj, 61 ans, qui prône une alliance avec la Russie et devrait faire son retour parmi les 250 députés après deux élections blanches.
Tout juste acquitté par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), Seselj, qui incarne les rêves de "Grande Serbie" et l'ultranationalisme serbe des guerres balkaniques des années 1990, a mené une campagne pour prendre date.
Une victoire est hors de portée mais une économie fragile, un chômage fort, un niveau de vie bas, des inquiétudes nées de privatisations imposées par les Occidentaux, sont susceptibles d'effriter la popularité de M. Vucic et d'attirer à lui les mécontents.
Il a prédit à ses partisans réunis à son dernier meeting à Novi Sad (nord) "une polarisation entre ceux qui sont pour l'UE et ceux qui penchent pour l'intégration avec la Russie". "A l'exception du SRS, tous les partis significatifs sont pour la première option", a-t-il relevé.
- 'La Russie ne nous a jamais bombardés' -
"La Serbie ne sera en sécurité que si elle s'aligne sur Moscou qui nous a toujours aidés et ne nous a jamais bombardés", a poursuivi Seselj, allusion aux frappes de l'OTAN pour mettre fin à la guerre au Kosovo (1998-99), dont Belgrade ne reconnaît pas l'indépendance. "La Serbie n'a rien de bon à attendre de l'UE", a-t-il insisté.
A l'inverse, la Russie a encore remporté des points dans l'opinion en s'opposant à l'admission à l'Unesco du Kosovo, considéré par les Serbes comme leur berceau historique, ou en mettant son veto à une résolution de l'ONU qualifiant de génocide le massacre de Srebrenica, commis par des Serbes de Bosnie en 1995.
Conscient que cette corde slavophile faisait vibrer une large partie des 6,7 millions d'électeurs serbes, Aleksandar Vucic prend soin de ménager la chèvre et le chou, l'Europe et la Russie.
Son programme "est d'aller vers l'Europe, pas de mettre en danger notre relation avec (les Russes) ou de leur imposer des sanctions (...)" et de rester "neutre militairement", a répété en fin de campagne Aleksandar Vucic, qui fut longtemps un faucon ultra-nationaliste, ancien ministre de Slobodan Milosevic, avant un virage subit vers le centre en 2008.
Le reste de l'opposition ne semble pas susceptible de gêner Aleksandar Vucic pour ces troisièmes législatives depuis 2012.
Socialistes du SPS (centre gauche), Démocrates du DS (centre), coalition centriste menée par l'ancien président Boris Tadic, tous sont unanimement proeuropéens, comme le rappelle Vojislav Seselj. Mais éclatée, cette opposition classique ne semble pas en mesure de peser. L'un de ces partis pourrait être choisi par Vucic pour une coalition, rôle aujourd'hui dévolu au SPS. Aleksandar Vucic a exclu de s'allier à M. Seselj, qui fut, avant sa mue centriste, son mentor politique.
Le scrutin ouvre à 05H00 GMT pour une clôture à 18H00 GMT et des résultats attendus dans la soirée.
