Israël reparle de peine capitale avec Lieberman

L'ultranationaliste Avigdor Lieberman, appelé au gouvernement israélien en qualité de ministre de la Défense, a remis dans l'actualité la peine de mort pour les auteurs palestiniens d'attentats anti-israéliens.

Le populiste Lieberman a obtenu que ce point figure dans l'accord conclu avec le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour entrer dans son gouvernement. Les peines capitales prononcées par les tribunaux militaires israéliens ne le seront plus à l'unanimité des trois juges, mais à la majorité, dit l'accord.

Dans les faits, cette disposition qui s'appliquerait aux Palestiniens semble pour l'instant surtout déclamatoire. Israël n'a plus exécuté de condamné à mort depuis le nazi Adolf Eichmann en 1962. Pour des raisons diplomatiques, morales ou tactiques, une remise en vigueur paraît compliquée.

Le Parlement a aboli la peine de mort pour les affaires criminelles en 1954. Elle est toujours prévue en théorie pour les crimes de guerre, crimes contre l'humanité, génocides, trahisons et crimes contre le peuple juif.

Actuellement, seule une cour militaire, sous réserve de l'unanimité des juges, peut prononcer une peine de mort. Cette peine n'a jamais été prononcée ni même requise depuis 1994, même si une partie de l'opinion publique, sous le coup de l'émotion, l'a réclamée, par exemple à l'époque de la tuerie d'Itamar en 2011, une attaque dans laquelle cinq membres d'une même famille juive, y compris un bébé, avaient été égorgés par deux Palestiniens.

M. Lieberman l'a réclame contre ceux qui ont du "sang juif sur les mains". Il en a fait un slogan de campagne et a soumis, sans succès, plusieurs projets de loi à la Knesset, dont un en juillet 2015.

Malgré la crispation d'une partie de l'opinion sur les questions sécuritaires, Claude Klein, constitutionnaliste israélien et ex-doyen de la faculté de Droit de l'Université de Jérusalem, écarte l'éventualité de nouvelles condamnations à mort "parce que le gouvernement sait que ce n'est pas faisable sur le plan interne et sur le plan international".

Dans le même temps, Israël a procèdé à des éliminations ciblées de ses ennemis.

Emmanuel Gross, expert en droit criminel à l'Université de Haifa, explique que les gouvernements jusqu'alors se sont gardés de requérir la peine de mort parce que cela n'aurait pas d'effet dissuasif sur des individus prêts à mourir de toutes façons, mais aussi "parce que nous avons peur qu'on ne fasse la même chose à nos soldats".

"Nous connaissons le prix à payer quand nous procédons à des exécutions, nous savons qu'on peut essayer d'enlever nos soldats et les tuer plutôt que de marchander" leur libération, dit-il.

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