Tony Blair, le réformiste obstiné, au bilan terni par l'Irak

Réformiste obstiné et énergique, Tony Blair a été un Premier ministre britannique longtemps très populaire, mais son bilan et sa réputation ont été irrémédiablement ternis par sa décision d'engager son pays dans la guerre en Irak.

Locataire du 10, Downing Street pendant dix ans, entre 1997 et 2007, le champion du "New Labour" a réussi la prouesse de se faire élire à trois reprises (1997, 2001 et 2005), dans un climat d'optimisme et de prospérité économique.

Brillant, charismatique, excellent orateur et charmeur hyper-actif, Anthony Charles Lynton Blair, né le 6 mai 1953 à Édimbourg dans une famille bourgeoise, restera l'homme des réformes et du renouveau du Parti travailliste.

Avocat de formation, député à 30 ans, il a pris la tête du Labour en 1994. Il va rapidement le transformer du sol au plafond et faire de cette formation de gauche, appuyée sur les syndicats, un parti centriste et europhile.

En 1997, le Labour revient au pouvoir après 18 longues années dans l'opposition. Lui devient, à 43 ans, le plus jeune Premier ministre britannique depuis 1812.

Plus pragmatique qu'idéologue, Tony Blair, politicien instinctif qui voit la mondialisation comme une chance, se veut alors l'incarnation d'une "troisième voie", cherchant à conjuguer libéralisme économique et meilleurs services publics.

Il y investit massivement, y introduit le privé et des obligations de résultats.

Les années Blair sont celles de l'indépendance de la Banque d'Angleterre, d'une plus grande autonomie pour l'Écosse et le Pays de Galles, de la paix en Irlande du Nord, des unions homosexuelles et d'un durcissement des lois antiterroristes.

On lui reproche un ego surdimensionné qu'un de ses ministres a résumé ainsi: "Il pense vraiment être Jésus". Mais le charme opère.

Il utilise les médias comme personne, dépoussière la classe politique avec son dynamisme et impose sa marque: le "blairisme".

Puis arrivent les attentats du 11 septembre 2001, un tournant pour les relations internationales et pour lui.

Quitte à être traité de "caniche", il se veut l'allié indéfectible des Etats-Unis. Il envoie les soldats britanniques au front en Afghanistan en 2001 et puis en Irak en 2003. Mais la guerre est rejetée dès le départ par l'opinion publique et lui fait perdre rapidement la confiance du pays.

- Fortune personnelle -

Des millions de manifestants défilent dans les rues de Londres pour l'accuser d'avoir menti sur la présence, jamais avérée, d'armes de destruction massive en Irak.

L'an dernier, il s'est excusé pour les informations fausses données par les services secrets et les vies perdues - 179 soldats britanniques ont été tués - mais a affirmé ne pas regretter que Saddam Hussein ait été renversé.

Il est réélu en 2005 mais la joie n'est que de courte durée. Le 7 juillet 2005, Londres est à son tour frappée par des attentats qui font 52 morts. Et deux ans plus tard, il démissionne pour laisser la place à son ancien lieutenant Gordon Brown, juste avant la crise économique mondiale de 2008.

Depuis, cet anglican converti au catholicisme, père de quatre enfants, marié à Cherie, avocate, passe l'essentiel de son temps à l'étranger.

Il a occupé pendant plusieurs années la fonction d'émissaire du Quartette - composé de l'Union européenne, de la Russie, des Etats-Unis et des Nations unies - pour le Proche-Orient avec le mandat d'encourager le développement de l'économie et des institutions palestiniennes en vue de l'établissement d'un État.

Mais le bilan de son mandat, qui s'est achevé en 2015, a été jugé faible dans un contexte de gel du processus de paix.

Il a également fondé des associations pour prôner le dialogue interconfessionnel et promouvoir le développement en Afrique.

Les médias britanniques préfèrent retenir ses engagements lucratifs auprès de banques comme JP Morgan mais aussi du gouvernement du Kazakhstan qui ont fait grimper sa fortune personnelle à plusieurs dizaines de millions de livres.

Ses rares apparitions publiques au Royaume-Uni sont aujourd'hui encore perturbées par des manifestants qui vont parfois jusqu'à simuler des arrestations fictives pour "crime de guerre". Treize ans après, l'intervention en Irak n'est pas pardonnée.

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.