Rapport sur l'engagement britannique en Irak: les principaux acteurs concernés

La commission Chilcot publie mercredi, sept ans après son lancement, son rapport sur l'engagement controversé du Royaume-Uni dans la guerre en Irak en 2003. Voici les principaux acteurs concernés:

- Tony Blair -

Le Royaume-Uni s'est engagé dans l'invasion puis la guerre en Irak sous le gouvernement travailliste de Tony Blair. Cette décision a été très impopulaire et l'ex-Premier ministre est accusé d'avoir trompé la population sur la présence jamais avérée d'armes de destruction massive.

Les liens étroits entre M. Blair et le président américain George Bush ont nourri les accusations selon lesquelles le dirigeant britannique se serait secrètement engagé à soutenir la guerre avant même d'avoir obtenu l'accord du Parlement.

Pendant le conflit, la Cour pénale internationale avait été sollicitée pour enquêter sur d'éventuels crimes de guerres commis à l'encontre de civils par M. Blair et ses ministres.

La juridiction a indiqué cette semaine qu'elle examinerait le rapport Chilcot, tout en soulignant qu'elle ne pouvait se prononcer sur la légalité de la guerre et qu'elle ne pourrait agir que si la justice britannique refuse de donner suite au document.

Un groupe de parlementaires étudie également la possibilité de lancer des poursuites et de déterminer dans quelle mesure M. Blair pourrait être, rétroactivement, destitué.

En 2015, Tony Blair avait réitéré sur CNN des excuses, partielles, "pour le fait que les informations données par les services secrets étaient fausses". Mais "je trouve difficile de s'excuser d'avoir démis Saddam", avait-il ajouté.

- Familles des soldats tués -

Les proches et familles des 179 soldats britanniques tués en Irak demandent depuis des années la publication du rapport, sur fond de critiques sur l'organisation, la gestion et l'équipement des troupes.

Leurs avocats devraient donc examiner à la loupe le document pour tenter d'y trouver de quoi lancer une action en justice contre Tony Blair ou tout autre responsable de l'époque, en invoquant probablement un manquement au devoir ou une faute.

Des proches des victimes ont toutefois indiqué leur intention de boycotter la publication du rapport au motif qu'il aurait vocation à blanchir les responsables concernés.

- Armée et services secrets -

Le rapport devrait insister sur les erreurs commises lors de l'opération militaire, de sa préparation à l'occupation de l'Irak, au cours de laquelle le pays a sombré dans des violences confessionnelles dont il ne s'est toujours pas remis.

"Il est déjà généralement admis aujourd'hui qu'il y a eu des erreurs systémiques dans l'opération", a expliqué Malcolm Chalmers, du centre de réflexion Royal United Services Institute.

Les Britanniques, a ajouté l'expert, ont sous-estimé l'état des forces locales et la détermination des puissances régionales, l'Iran en particulier, à saper les efforts britanniques et américains.

Les manquements des services secrets sur l'existence d'armes de destruction massive ont déjà été critiqués dans des rapports précédents, mais la commission Chilcot pourrait apporter sa pierre à l'édifice.

- Labour et Parlement -

Visé depuis la victoire des pro-Brexit par une fronde de parlementaires travaillistes, le chef du Labour Jeremy Corbyn pourrait tenter d'utiliser le rapport Chilcot pour réaffirmer son autorité.

Ce pacifiste convaincu s'était opposé à la guerre en Irak alors que certains parlementaires qui tentent aujourd'hui de le déloger l'avaient soutenue.

Plus largement, c'est le Parlement lui-même qui est en "procès", a estimé le député Paul Flynn, un proche de Corbyn.

"Ce n'était pas juste un homme mais des centaines de parlementaires, trois commissions spéciales de cette chambre, l'armée et la presse qui étaient en faveur de la guerre pour débusquer des armes de destruction massive inexistantes", a-t-il dénoncé.

- La relation Londres-Washington -

Le document pourrait dévoiler 29 lettres, partiellement expurgées, envoyées par Tony Blair à George Bush à l'approche de l'invasion de l'Irak, ainsi que des informations sur des conversations entre les deux hommes, mais également entre leurs successeurs, Gordon Brown et Barack Obama.

Les querelles diplomatiques liées à ce qui peut, ou pas, être révélé au public ont été une des raisons expliquant le retard dans la parution du rapport.

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