La récente flambée de violences à Juba et la crainte d'un nouveau conflit à grande échelle au Soudan du Sud seront au coeur des discussions du 27e sommet des chefs d'Etat de l'Union africaine (UA) qui s'ouvre dimanche à Kigali.
L'ambition affichée par l'organisation panafricaine de faire taire les armes sur le continent d'ici 2020 a été une nouvelle fois sérieusement mise à mal par le déferlement de violence pendant quatre jours dans Juba, entre forces fidèles au président Salva Kiir et ex-rebelles aux ordres du vice-président Riek Machar.
"Ce qui se passe au Soudan du Sud est totalement inacceptable", a déclaré mercredi à Kigali la présidente de la commission de l'UA, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma.
Les dirigeants sud-soudanais qui ont décrété un cessez-le-feu lundi doivent "protéger" leur peuple et non "être la cause" de leurs souffrances, a-t-elle martelé.
Aucun bilan des quatre jours de combats n'est disponible, mais la plupart des acteurs s'accordent à dire que "des centaines" de personnes, militaires et civils, dont deux Casques bleus chinois, ont été tuées à Juba, mettant gravement en péril un accord de paix signé en août 2015. Au moins 36.000 habitants de la capitale, apeurés, ont fui leur foyer.
- Renforcer la Minuss -
En début de semaine, le Conseil de sécurité de l'ONU a demandé aux pays de la région de se tenir prêts à fournir des Casques bleus supplémentaires pour renforcer la Mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss).
Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon participera au sommet de Kigali et devrait de nouveau plaider en ce sens.
Les chefs d'Etat africains seront également appelés à se pencher une nouvelle fois sur la crise au Burundi, où ils avaient renoncé lors de leur dernier sommet en janvier à envoyer une force d'interposition de 5.000 hommes.
L'UA doit à présent trouver le moyen de peser sur la relance des pourparlers de sortie de crise interburundais. Le gouvernement du président Pierre Nkurunziza refuse toujours de s'asseoir à la même table que l'opposition.
D'autres points chauds du continent pourraient être discutés à Kigali, comme les exactions des islamistes nigérians de Boko Haram et leurs terribles conséquences humanitaires, les récentes violences en Centrafrique ou dans l'est de la République démocratique du Congo.
Mais la tâche sera d'autant plus compliquée pour l'organisation continentale que les dirigeants africains sont divisés sur la succession de la présidente de la commission de l'UA, qui termine un mandat de quatre ans et ne souhaite pas se représenter.
L'incertitude pèse sur l'élection elle-même: plusieurs Etats membres jugent que les trois candidats à sa succession proposés par le Botswana, l'Ouganda et la Guinée-équatoriale "manquent d'envergure" et demandent un report du scrutin.
- Mme Zuma remplacée? -
Aucun de ces trois candidats - la ministre des Affaires étrangères du Botswana, Pelonomi Venson-Moitoi, son homologue de Guinée-équatoriale Agapito Mba Mokuy ou l'ancienne vice-présidente d'Ouganda Specioza Wandira-Kazibwe - ne semble avoir les soutiens nécessaires pour réunir une majorité sur son nom.
Et l'élection pourrait purement et simplement être reportée au prochain sommet de janvier 2017, à Addis Abeba, siège de l'UA.
Les noms du Sénégalais Abdoulaye Bathily, le représentant spécial de l'ONU pour l'Afrique centrale, et celui de l'ancien président tanzanien Jakaya Kikwete circulent comme de possibles alternatives.
"La Commission est prête pour les élections. Il y a des rumeurs, mais c'est aux chefs d'Etat de décider s'ils veulent passer au vote ou non", assure Jacob Enoh Eben, le porte-parole de la Commission.
Cette incertitude révèle les tensions au sein de l'UA et le manque d'enthousiasme des Etats membres pour une organisation dont les décisions sont rarement appliquées.
"Plus de 80% des décisions de l'UA ne sont pas mises en oeuvre et ne vont pas plus loin que l'aéroport d'Addis Abeba. Il faut quelqu'un de fort pour rappeler leurs engagements aux Etats membres", insiste Désiré Assogbavi, représentant de l'ONG Oxfam auprès de l'UA.
La question d'un éventuel retrait des pays africains membres de la Cour pénale internationale (CPI) devrait également être au menu des discussions, selon le Rwanda, qui a assuré qu'il n'arrêtera pas le président soudanais Omar el-Béchir, recherché pour génocide et crimes de guerre par la CPI et invité au sommet.
L'Union africaine doit aussi lancer à Kigali un "passeport africain" symbolique, prélude à la liberté de circulation pour tous les Africains sur l'ensemble du continent d'ici 2020.
