L'association des "mères de Srebrenica", représentant les proches des Bosniaques massacrés en 1995, ont demandé l'annulation des municipales dans cette ville de Bosnie (est), en accusant jeudi le candidat serbe d'avoir bénéficié de "fraudes" pour arriver en tête.
Si elle n'a toujours pas été officiellement annoncée dix jours après le scrutin, la victoire de Mladen Grujicic ne fait aucun doute: avec 64% des suffrages, il compte 2.000 voix d'avance sur le maire sortant musulman Camil Durakovic, selon un décompte toujours provisoire.
Ce succès d'un Serbe, inédit depuis 1999, a suscité l'inquiétude des Bosniaques, 21 ans après que 8.000 hommes et adolescents ont été assassinés à Srebrenica par les forces serbes de Bosnie.
Mais Munira Subasic, présidente de l'association des "mères de Srebrenica", assure que son refus de la victoire de Mladen Grujicic n'est pas motivé par le fait qu'il soit serbe, invoquant auprès de l'AFP "de graves irrégularités".
"Il y a eu sur les listes d'électeurs 500 personnes décédées et 2.500 qui vivent en Serbie qui sont venues voter à Srebrenica", a affirmé Mme Subasic, qui a perdu des proches dans ce massacre considéré comme un acte de génocide par la justice internationale.
Elle a qualifié Mladen Grujicic de "négationniste". Celui-ci se refuse à évoquer le terme de "génocide", tout en reconnaissant qu'un massacre a été commis.
"Le fait qu'il soit serbe n'est pas important. Le problème, c'est que ses idoles sont Radovan Karadzic et Vojislav Seselj", a dit Munira Subasic.
Radovan Karadzic a été condamné à 40 ans de prison par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, notamment pour crimes de guerre et contre l'humanité, et acte de génocide. Acquitté, Vojislav Seselj est considéré par les Bosniaques comme un chantre de l'ultranationalisme serbe et de l'épuration ethnique. Il a soutenu Mladen Grujicic durant la campagne.
Mladen Grujicic, dont le père a été tué au début de la guerre, a affirmé qu'il allait "respecter toutes les victimes" et que sa mairie continuerait à participer aux commémorations du massacre.
"Pourquoi, cela poserait problème qu'un Serbe soit le maire s'il vit à Srebrenica et s'il a le soutien du peuple?", avait demandé mardi, dans un entretien à l'AFP, Milorad Dodik, patron de l'entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska, où est située Srebrenica.
"Dès qu'il est devenu évident que le candidat serbe allait l'emporter, des voix se sont élevées à Sarajevo pour dire qu'un Serbe ne pouvait être maire de Srebrenica. C'est une déclaration fasciste", avait-il dit. "Si j'avais déclaré qu'un musulman ne pouvait être le maire de Srebrenica (...), je pense qu'une intervention de l'Otan aurait été imminente."
