Ukraine: un premier sommet avec Poutine depuis un an mais sans grand optimisme

Les dirigeants russe, allemand, français et ukrainien se retrouvent mercredi au chevet du processus de paix en Ukraine, une première depuis un an qui se déroule en terrain miné au regard des tensions russo-occidentales sur la Syrie et des échanges d'amabilités russo-ukrainiens.

En discussion depuis des jours et incertaine jusqu'au bout, la rencontre entre Vladimir Poutine, Angela Merkel, François Hollande et Petro Porochenko, les quatre signataires des accords de Minsk de 2014, a finalement été annoncée mardi pour le lendemain à Berlin.

Les avancées concrètes risquent de se faire attendre tant la méfiance entre les acteurs est grande et s'est même renforcée entre Russes et Occidentaux en raison du conflit syrien.

Si aucun progrès pour désamorcer le conflit opposant forces ukrainiennes et rebelles pro-russes dans l'est du pays n'a eu lieu depuis des mois, l'objectif du sommet de mercredi est, selon le ministre français des Affaires étrangères "d'avancer sur la loi électorale, sur le statut du Donbass" pour que des élections locales puissent s'y tenir.

Pas d'optimisme

"On avance mais il reste des questions de calendrier et de sécurité. Il y a une résistance du côté de l'Ukraine qui n'a pas confiance", a ajouté Jean-Marc Ayrault.

Cet optimisme mesuré est absent des déclarations des responsables russes et ukrainiens qui ont suivi l'annonce de la réunion. Ainsi, le président ukrainien Petro Porochenko n'a "pas d'attentes très élevées" et n'est "malheureusement pas si optimiste quant à la réunion de demain".

Il s'est aussi attiré les foudres du Kremlin après que le site de la présidence ukrainienne a annoncé que la rencontre de Berlin visait "à pousser la Russie à mettre en oeuvre les accords de Minsk".

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a estimé que cette formule "prouve à quel point l'Ukraine ne compte pas remplir ses obligations".

"Nous savons que sur ce point, la situation laisse encore beaucoup à désirer. Pour l'instant Kiev ne fait rien", a-t-il ajouté.

Néanmoins, les quatre capitales s'accordent pour souligner qu'il n'y a en l'état pas d'alternative aux accords signés à Minsk.

Le conflit a fait plus de 9.600 morts depuis son déclenchement en avril 2014 et, malgré l'instauration de plusieurs trêves, des affrontements meurtriers ont régulièrement lieu le long de la ligne de front.

Moscou, qui est accusé d'attiser la crise en armant et en soutenant les rebelles, a toujours rejeté cette vision et juge au contraire que c'est à l'Ukraine de tenir ses engagements en vue d'une autonomie accrue de l'Est.

La rencontre de Berlin intervient aussi dans un contexte de tensions russo-américaines sur la Syrie et à la veille d'un sommet de l'Union européenne qui examinera la question des relations avec Moscou, de ses bombardements sur Alep et des sanctions imposées en raison du conflit ukrainien et de l'annexion de la Crimée.

'Crimes de guerre'

L'UE a ainsi jugé mardi que la Russie pouvait se rendre passible de poursuites pour "crimes de guerre" en participant aux bombardements sur la partie orientale d'Alep. Si l'annonce par Moscou d'un cessez-le-feu de quelques heures a été saluée comme un premier pas, cette trêve est loin de satisfaire les Occidentaux.

Dans ce contexte, le ministre allemand des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a jugé début octobre que les temps actuels "sont plus dangereux" que l'époque de la Guerre Froide lorsque "Moscou et Washington connaissaient leurs lignes rouges respectives et les respectaient".

Les relations entre les deux grandes puissances vont de mal en pis depuis l'échec de la trêve en Syrie négociée le mois dernier.

Enfin, la rencontre de Berlin se tient aussi alors que les rapports entre MM. Poutine et Hollande sont nettement refroidis.

M. Poutine a annulé un déplacement à Paris, prévu mercredi, le président français s'étant interrogé sur l'opportunité d'une telle rencontre en raison des "crimes de guerre" commis par le régime syrien avec le soutien russe.

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