Ukraine: un premier sommet avec Poutine depuis un an mais sans grand optimisme

Les dirigeants russe, allemand, français et ukrainien se retrouvent mercredi au chevet du processus de paix en Ukraine, une première depuis un an qui se déroule en terrain miné au regard des tensions russo-occidentales sur la Syrie et des échanges d'amabilités russo-ukrainiens.

En discussion depuis des jours et incertaine jusqu'au bout, la rencontre entre Vladimir Poutine, Angela Merkel, François Hollande et Petro Porochenko, les quatre signataires des accords de Minsk de 2014, a finalement été annoncée mardi pour le lendemain à Berlin.

Les avancées concrètes risquent de se faire attendre tant la méfiance entre les acteurs est grande et s'est même renforcée entre Russes et Occidentaux en raison du conflit syrien.

Angela Merkel a ainsi dit ne pas s'attendre à "un miracle" car malgré les efforts diplomatiques depuis le dernier sommet à Paris en octobre 2015 "nous ne sommes pas là où nous aimerions être", faute de cessez-le-feu durable entre forces ukrainiennes et rebelles pro-russes.

"Ca coince à de nombreux niveaux, le cessez-le-feu, les questions politiques, les questions humanitaires", a-t-elle dit.

L'objectif du sommet est néanmoins, selon le ministre français des Affaires étrangères "d'avancer sur la loi électorale, sur le statut du Donbass" pour que des élections locales puissent se tenir dans l'est ukrainien.

Pas d'optimisme

"Il reste des questions de calendrier et de sécurité. Il y a une résistance du côté de l'Ukraine qui n'a pas confiance", a ajouté Jean-Marc Ayrault.

Cet optimisme mesuré est absent des déclarations russes et ukrainiennes. Ainsi, le président ukrainien Petro Porochenko n'a "pas d'attentes très élevées".

Il s'est aussi attiré les foudres du Kremlin après que le site de la présidence ukrainienne eut annoncé que la rencontre de Berlin visait "à pousser la Russie à mettre en oeuvre les accords de Minsk".

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a estimé que cette formule "prouve à quel point l'Ukraine ne compte pas remplir ses obligations (...) Pour l'instant Kiev ne fait rien".

Néanmoins, les quatre capitales s'accordent pour souligner qu'il n'y a pas d'alternative aux accords signés à Minsk.

Le conflit a fait près de 10.000 morts depuis avril 2014 et, malgré l'instauration de plusieurs trêves, des affrontements meurtriers ont régulièrement lieu le long de la ligne de front.

Moscou, qui est accusé d'attiser la crise en armant et en soutenant les rebelles, a toujours rejeté cette vision et juge au contraire que c'est à l'Ukraine de tenir ses engagements en vue d'une autonomie accrue de l'Est.

La rencontre de Berlin intervient aussi dans un contexte de tensions russo-américaines sur la Syrie et à la veille d'un sommet de l'Union européenne qui examinera la question des relations avec Moscou, de ses bombardements sur Alep et des sanctions imposées en raison du conflit ukrainien et de l'annexion de la Crimée.

'Pire que la Guerre Froide'

Mme Merkel a souligné que la Syrie sera sur la table mercredi à Berlin compte-tenu de la situation humanitaire "désastreuse" en Syrie "en raison des bombardements syriens et russes". Elle a aussi jugé que la question de sanctions contre la Russie en représailles "ne peut être enlevée de la table".

L'UE a elle jugé mardi que Moscou pouvait se rendre passible de poursuites pour "crimes de guerre" en participant aux bombardements sur la partie orientale d'Alep. Si l'annonce russe d'un cessez-le-feu de quelques heures a été saluée comme un premier pas, cette trêve est loin de satisfaire les Occidentaux.

Dans ce contexte, le ministre allemand des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a jugé début octobre que les temps actuels "sont plus dangereux" que l'époque de la Guerre Froide, lorsque "Moscou et Washington connaissaient leurs lignes rouges respectives et les respectaient".

Les relations entre les deux grandes puissances vont de mal en pis depuis l'échec de la trêve en Syrie négociée le mois dernier.

Enfin, la rencontre de Berlin se tient aussi alors que les rapports entre MM. Poutine et Hollande sont nettement refroidis.

Le dirigeant russe a annulé un déplacement à Paris, prévu mercredi, son homologue s'étant interrogé sur l'opportunité d'une telle visite en raison de la situation en Syrie.

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