Les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 pays de l'Union européenne, réunis en sommet à Bruxelles jeudi, vont "fermement condamner" la participation de la Russie aux bombardements du régime syrien sur la partie Est d'Alep et exiger une cessation "immédiate" des hostilités, selon un projet d'accord consulté mercredi par l'AFP.
"Le Conseil européen (qui représente les 28 Etats membres, ndlr) condamne fermement les attaques menées par le régime syrien et ses alliés, particulièrement la Russie, contre des civils à Alep", peut-on lire dans ce texte, qui appelle à "une cessation immédiate des hostilités", afin notamment de permettre l'accès des convois humanitaires aux victimes "sans entrave".
"Ceux qui sont responsable de violations du droit humanitaire international et des droits de l'Homme devront rendre des comptes", ajoute le projet d'accord.
L'entame du texte reprend peu ou prou les termes employés lundi par les chefs de la diplomatie des 28, dans des conclusions adoptées à l'occasion d'une réunion à Luxembourg.
Les ministres avaient aussi estimé que ces bombardements syriens et russes sur la partie Est d'Alep tenue par les rebelles "pourraient constituer des crimes de guerre", passibles de la Cour pénale internationale de La Haye.
Jeudi soir à Bruxelles, les dirigeants des 28 auront "une discussion stratégique sur les relations de l'UE avec la Russie", à l'issue de laquelle ils doivent adopter à leur tour des conclusions évoquant la crise syrienne.
Malgré des avis divergents parmi les 28, les conclusions ne devraient pas évoquer la possibilité de sanctions individuelles contre les autorités russes, selon des sources diplomatiques concordantes.
Trois des neuf groupes du Parlement européen, dont le premier d'entre eux, le Parti populaire européen (PPE, centre-droit), ont exigé mercredi dans une lettre commune qu'"une décision" soit prise jeudi au sommet des 28 pour amorcer de telles sanctions.
Mais le président du Conseil européen Donald Tusk, à qui est adressé ce courrier, a calmé leurs ardeurs mercredi soir, en insistant lors d'une conférence de presse sur l'importance pour l'UE d'afficher "son unité" face à la Russie.
- Tragédie humaine -
"Notre actif principal dans la relation avec la Russie est notre unité (...) indépendamment de nos divergences", a-t-il plaidé. "Nous devons toujours rester unis, cela sera également crucial à propos du rôle de la Russie en Syrie", a ajouté l'ancien Premier ministre polonais.
Le courrier exigeant des mesures coercitives contre le pouvoir russe est cosigné par les présidents du PPE (214 eurodéputés), de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ALDE, 69) et du groupe des Verts/Alliance libre européenne (50). Ces trois groupes représentent ensemble environ 45% des 748 élus du Parlement européen.
Ils s'insurgent contre la situation à Alep, "qui se dégrade de jour en jour" avec "environ 300.000 personnes piégées dans la partie Est", dont "des dizaines de milliers d'enfants". "Depuis le siège de Sarajevo, le monde n'a pas vu une telle tragédie humaine", poursuit la lettre.
Dans un communiqué distinct, le président du PPE, l'Allemand Manfred Weber, juge au nom de son groupe que "la possibilité de nouvelles sanctions contre la Russie et son gouvernement doit être sur la table" au sommet jeudi. "Par ailleurs, de notre point de vue, le gazoduc Nord Stream 2 ne peut être construit tant que le président Poutine bombardera des civils", ajoute-t-il.
S'il est construit, Nord Stream 2 doit doubler le gazoduc existant Nord Stream et relier comme lui la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique. Cette nouvelle conduite sous-marine aurait une capacité de 55 milliards de m3, pour un coût estimé à 8 milliards d'euros.
