Les habitants assiégés d'Alep "ne comprennent pas pourquoi l'Europe ne fait rien alors même qu'elle subit ce qui se passe en Syrie avec l'afflux de réfugiés", s'insurge Brita Haji Hassan, président du conseil local rebelle de cette ville en proie à une crise humanitaire.
"L'urgence absolue, c'est +arrêtez de tuer !+". Alep est martyrisée au vu et au su du monde entier mais rien n'est fait pour arrêter ce massacre", dit à l'AFP cet ingénieur de 39 ans, invité jusqu'à jeudi à Lyon par le Collectif des amis d'Alep et qui a rencontré la semaine dernière des parlementaires français et le président François Hollande.
"L'Union européenne ne fait rien alors même que l'Europe subit ce qui se passe en Syrie avec l'afflux de réfugiés". De même, "les Etats-Unis ne traduisent pas leurs paroles en actes".
"Russie et régime syrien tuent les femmes et les enfants avec des bombes, des armes chimiques. Ils détruisent les écoles et les hôpitaux souterrains avec des bombes antibunker, toutes les infrastructures civiles. Tout ça, pour terrifier la population (...). C'est un crime contre l'humanité", accuse le représentant du conseil d'Alep.
La ville "se trouve de nouveau sous un déluge de feu, les affrontements ont repris de plus belle" depuis la fin ce week-end de la "trêve humanitaire" de trois jours décrétée par la Russie et Damas, explique-t-il en arabe.
Pendant la trêve, "une occasion, selon lui, de faire partir la population", les habitants ont manifesté pour demander la fin de la guerre, la reprise de la vie sociale et l'arrivée de l'aide humanitaire, raconte-t-il. "Ils n'ont pas voulu partir".
L'ONU a blâmé lundi à la fois Damas et les groupes rebelles en Syrie pour leur incapacité à organiser des évacuations médicales pendant cette trêve.
Ex-capitale économique de la Syrie, devenue un front crucial du conflit qui déchire ce pays depuis 2011, Alep comptait quelque trois millions d'habitants avant la guerre.
Depuis 2012, "elle est divisée en deux et il n'y a plus qu'environ 360.000 habitants, dont 20.000 enfants de moins de deux ans et plus de 155.000 femmes, conséquence des bombardements de la partie est de la ville", sous contrôle de l'opposition.
- 'Comme si on bombardait tout Paris' -
"Nous avons compté plus de 9.100 sorties d'avions depuis le 8 juillet. Les bombardements ont fait 5.190 victimes, dont 1.077 morts, en 100 jours. Parmi les victimes, 2.700 femmes et enfants", assure Brita Haji Hassan.
Le représentant du conseil dit avoir "vu de ses propres yeux les ravages des armes chimiques". D'après lui, chlore, gaz moutarde et autres gaz "ont été utilisés par le régime 186 fois dans toute la Syrie".
"En trois ans, 12.768 personnes ont été victimes d'attaques chimiques, 3.117 sont mortes, dont la moitié étaient des femmes et des enfants", affirme-t-il.
"Nous avons des preuves, transmises au Conseil de sécurité de l'ONU. Sans réaction jusqu'ici" de sa part. Et "la population réclame la protection des instances internationales".
Brita Haji Hassan a été élu en décembre 2015 pour un an à la tête du conseil d'Alep, l'un des 63 conseils locaux placés sous l'égide du Conseil du gouvernorat et qui comptent de nombreuses femmes dans leurs rangs.
Les conseils nés en 2013 "tentent d'entretenir les infrastructures, dont le réseau électrique, détruit à 70% à Alep. Ils s'occupent aussi de la santé, de l'éducation, de la police et de la protection civile".
"Mais la situation est catastrophique. L'eau n'est plus potable à 90%. Les habitants manquent de nourriture, de médicaments. De tout".
Par ailleurs, "on dit que 200 membres d'Al-Qaïda combattent à Alep. Si c'était vrai, cela justifierait-il le bombardement de toute une ville ? C'est comme si pour éliminer quelques potentiels jihadistes on bombardait tout Paris", s'exclame ce trentenaire, arrêté en 2011 avant de fuir dans le rif d'Alep.
Toujours menacé par le régime, visé en juillet par une attaque, il ne peut plus retourner en ville. "Cela fait trois mois que je n'ai pas vu ma famille".
