Massacre de Maillé: la justice allemande classe ce dossier de 1944

N'ayant pu identifier de coupable ni réunir de preuves, le parquet allemand de Dortmund a classé sans suite le dossier du massacre de Maillé (Indre-et-Loire), au cours duquel 124 habitants avaient été décimés en 1944, a-t-on appris vendredi auprès de l'avocat des parties civiles.

"Le parquet allemand a classé l'affaire sans suite après 12 ans d'enquête", a déclaré à l'AFP Me Marc Morin, avocat au bureau de Tours qui défend 32 survivants ou descendants de victimes, confirmant une information de la Nouvelle République.

Une enquête pour crimes de guerre avait été ouverte en 2004 par le procureur de Dortmund. "Le paradoxe veut que ce soit la justice allemande qui enquête, mais les crimes de guerre sont imprescriptibles en Allemagne tandis qu'ils le sont au bout de 30 ans en France", a précisé Me Morin.

"Aucun auteur encore en vie n'ayant pu être identifié, j'ai classé l'enquête sans suite", écrit le magistrat allemand dans une lettre adressée à l'avocat. Pour son enquête, il s'était appuyé sur une liste de personnes inculpées pour participation au massacre établie en 1945 par les Nations unies.

Le matin du 25 août 1944, jour de la Libération de Paris, une colonne de 80 militaires et officiers allemands faisant retraite pénètre dans le village de Maillé. Hommes, femmes, enfants, mais aussi animaux sont méthodiquement massacrés. Après l'incendie des bâtiments, le village est pilonné au canon.

Le bilan de cette journée de cauchemar est terrifiant: 124 victimes sur les 250 habitants que compte le seul bourg, âgées de 3 mois à 89 ans, dont 44 enfants et 42 femmes, faisant de Maillé le deuxième village martyr de France après Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne).

"Quatre inculpés ont pu être identifiés, ils étaient toutefois tous soit décédés, soit tombés durant la Seconde guerre mondiale. Les autres personnes n'ont pu être identifiées", explique le magistrat dans sa lettre.

"Le problème, c'est l'ancienneté des faits, c'est une course contre la montre, souligne Me Morin. On pense qu'une centaine de soldats allemands ont participé au massacre et qu'il en reste une vingtaine aujourd'hui, selon une estimation haute".

Les enquêteurs allemands ont entendu des soldats survivants "mais tous ont dit ne pas avoir participé au massacre. Tout repose donc sur d'éventuels aveux, on espère qu'un soldat en fin de vie aura des remords", souligne l'avocat.

Les plaignants envisagent de déposer un recours devant le parquet général de Hamm (Rhénanie-du-Nord - Westphalie).

Dans cette affaire, seul un sous-lieutenant avait été condamné en 1952 à une peine de mort par contumace mais il n'a jamais été retrouvé.

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