La Turquie a snobé mardi une audience devant une haute instance judiciaire de l'ONU destinée à mettre fin à l'impasse dans laquelle se trouve une de ses affaires depuis la détention d'un de ses juges, arrêté pendant les vastes purges qui ont suivi le putsch avorté de juillet.
Les chaises des représentants d'Ankara devant le Mécanisme de suivi des tribunaux pénaux internationaux de l'ONU (MTPI) étaient vides mardi alors que cette instance cherche à trouver une issue après l'arrestation du juge Aydin Sefa Akay.
Ancien ambassadeur, le magistrat est chargé depuis juillet avec quatre autres juges d'examiner la demande en révision du jugement présentée par l'ancien ministre rwandais Augustin Ngirabatware, condamné à 35 ans de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour sa participation au génocide de 1994.
Cette peine a été réduite en 2014 à trente ans de prison par la chambre d'appel du TPI.
La détention de M. Akay, qui figure parmi les 41.000 personnes arrêtées après la tentative de coup d'Etat en Turquie, a maintenant totalement gelé l'examen de l'affaire Ngirabatware. Et, chose rare devant les tribunaux, l'avocat du ministre rwandais et le procureur étaient d'accord mardi à l'audience.
"Je vous demande aujourd'hui de faire le premier pas et d'émettre un ordre pour la libération du juge Akay sans plus attendre", a déclaré l'avocat Peter Robinson au président Theodor Meron, précisant que cette demande devrait être accompagnée d'un délai de "48 heures".
Pour la représentante du procureur Michelle Jarvis, "une voie à suivre doit être trouvée" : "nous ne pouvons qu'être d'accord avec M. Robinson et sa requête".
Plus tôt mardi, le MTPI avait fait savoir que des "notes verbales" avaient été envoyées aux ambassades de Turquie à Dar es Salaam, en Tanzanie, où est actuellement détenu M. Ngirabatware, et à La Haye, avant de revenir quelques jours plus tard libellées "Retour à l'expéditeur".
En Turquie, la famille du M. Akay affirme qu'il est détenu illégalement depuis son arrestation en septembre et réfute son implication dans le putsch manqué de juillet, imputé par Ankara au prédicateur Fethullah Gülen exilé aux Etats-Unis.
Les autorités turques lui reprochent d'avoir téléchargé et utilisé la messagerie cryptée Bylock, qui était selon elles l'outil de communication des putschistes.
En attendant qu'une solution soit trouvée face à son absence, M. Ngirabatware a demandé à pouvoir être libéré, une requête à laquelle s'opposent le procureur et la Tanzanie.
Le juge Meron a averti les avocats qu'il rendrait son jugement "aussi vite que possible".
