L'ex-rebelle kosovar Ramush Haradinaj, bloqué en France dans l'attente de l'examen de sa demande d'extradition par la Serbie qui veut le juger pour crimes de guerre, a dénoncé dans un entretien à l'AFP "un abus de droit".
"Ce qui m'arrive est injuste. C'est un abus de droit aux dépens d'une personne qui a répondu à ses obligations devant les législations locales et internationales", a-t-il dénoncé mercredi, lors d'un entretien accordé par téléphone depuis la France.
Il a été acquitté en 2008 et 2012 par le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) qui le jugeait pour crimes de guerre remontant à 1998. Mais Ramush Haradinaj est réclamé par la Serbie qui veut le juger pour des faits présumés distincts, qui auraient été commis en 1999.
En vertu d'un mandat d'arrêt international serbe, il avait été interpellé le 4 janvier à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, dans l'est de la France.
Détenu une semaine, il a été remis en liberté par un tribunal français qui lui a toutefois interdit de quitter le pays le temps de la procédure.
"Il n'y a aucun risque que je sois extradé car je suis un citoyen du Kosovo où prévaut une nouvelle situation aujourd'hui", a déclaré Haradinaj.
Ex-province yougoslave, le Kosovo, très majoritairement peuplé d'Albanais, a déclaré en 2008 son indépendance, non reconnue par Belgrade. Le conflit entre indépendantistes albanais et forces de Belgrade a fait quelque 13.000 morts en 1998-99.
Populaire dans son pays et devenu opposant au président Hashim Thaçi, Ramush Haradinaj s'en est pris à "la faiblesse" des dirigeants de son pays.
"C'est dommage que Pristina se place dans une telle position officielle d'infériorité et de servilité" vis-à-vis de Belgrade, a-t-il dit.
Il a jugé "compréhensibles" les menaces voilées lancées cette semaine par un mystérieux groupe de vétérans s'il n'était pas laissé libre de rentrer au Kosovo.
"Le Kosovo n'est pas démuni d'hommes capables de se lever", a dit cet homme, opposé au dialogue de normalisation engagé en 2011 par Belgrade et Pristina.
"Malheureusement, les dirigeants de la génération actuelle sont trop faibles", a-t-il regretté, s'en prenant à son ex-compagnon d'armes Hashim Thaçi et à son Premier ministre Isa Mustafa.
"Un seul sujet est ouvert à la discussion avec la Serbie: la reconnaissance" du Kosovo, a-t-il dit. "Si la Serbie est prête à discuter de ça, asseyons-nous. Sinon, attendons."
L'arrestation de Ramush Haradinaj tout comme l'affaire d'un train serbe de propagande marqué du slogan "Le Kosovo c'est la Serbie", ont tendu les relations comme jamais depuis l'ouverture du dialogue serbo-kosovar. Dirigeants serbes et kosovars se sont rencontrés cette semaine à Bruxelles.
