Colombie : financement des paramilitaires requalifié en crime contre l'Humanité

La Colombie a requalifié de "crime contre l'Humanité" le financement des milices paramilitaires d'extrême droite par des compagnies bananières, ce qui rend cette infraction imprescriptible, ont annoncé jeudi les services du procureur.

Ce crime a été requalifié dans le cadre d'une affaire concernant une milice qui opérait il y a une vingtaine d'années dans le nord-ouest de la Colombie.

L'ex-commandant de ces paramilitaires, Raul Emilio Hasbun Mendoza, alias "Pedro Bonito" o "Pedro Ponte", a révélé les "noms de chefs d'entreprises bananières de la zone (...) qui sont présumés avoir financé le groupe paramilitaire entre 1996 et 2004", a expliqué Carlos Fidel Villamil, procureur chargé de la justice transitoire s'appliquant aux paramilitaires officiellement démobilisés entre 2003 et 2006.

L'ancien milicien a volontairement témoigné dans le cadre de la Loi de Justice et Paix, issue du pacte conclu en 2006 avec le gouvernement de l'ex-président Alvaro Uribe (2002-2010), prévoyant des peines réduites en faveur des paramilitaires acceptant de se démobiliser, de confesser leurs crimes et de dédommager les victimes.

L'un des dossiers date de novembre 2001 et fait état de 3.400 fusils AK-47 et quatre millions de cartouches 7.65 appartenant à la compagnie fruitière Banadex, ex-filiale du groupe américain Chiquita Brands (United Fruit Company).

M. Villamil a ajouté qu'"ont été achetées des armes qui ont ensuite été utilisées pour commettre toute sorte de délits" et que cela a aussi servi à combattre les guérillas de gauche qui opéraient dans la région.

Il a en outre dénoncé le fait qu'avec les paramilitaires, "le droit à la protestation sociale a pratiquement été éliminé dans la zone bananière d'Uraba".

La Colombie, en plein processus de paix, a été déchirée par un conflit de plus d'un demi-siècle impliquant guérillas, paramilitaires et l'armée qui a fait au moins 260.000 morts, plus de 60.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Chiquita Brands a reconnu en 2007 avoir financé les Audéfense unies de Colombie (AUC), principales milices paramilitaires du pays. Le groupe américain avait été condamné à une amende de 25 millions de dollars pour avoir versé 1,7 million de dollars, entre 1997 et 2004, aux paramilitaires sous prétexte qu'ils protégeaient ses ouvriers.

La Cour suprême des Etats-Unis a rejeté en avril 2015 une plainte déposée par plus de 4.000 victimes directes des paramilitaires colombiens ou leurs familles.

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