Des dizaines de Philippins pauvres ont été abattus depuis l'interdiction officielle faite à la police par le président Rodrigo Duterte de participer à sa guerre meurtrière contre la drogue, a annoncé vendredi un défenseur des droits de l'Homme.
Le 31 janvier, M. Duterte avait donné l'ordre à la police de se retirer de sa campagne antidrogue. A cette date, 2.555 toxicomanes ou trafiquants présumés avaient été tués en sept mois par des officiers de police tandis que 3.930 autres personnes étaient mortes dans des circonstances non élucidées.
Le dernier bilan établi au 13 février fourni vendredi par la police à l'AFP fait état de 4.076 "meurtres faisant l'objet d'une enquête". C'est 146 meurtres de plus qu'à la fin janvier et les défenseurs des droits pensent que les meurtres extrajudiciaires continuent même si le rythme est moins soutenu.
"Pour nous, les cibles sont toujours les mêmes: des gens ayant un rapport avec la drogue qui vivent dans les quartiers pauvres", a dit à l'AFP Wilnor Papa, de la branche philippine d'Amnesty International.
D'après lui, des assassins inconnus tuent chaque jour neuf à dix personnes, comparé à la trentaine de personnes abattues quotidiennement - à la fois par la police et des inconnus, quand la police était encore à la tête de la croisade antidrogue.
Fin janvier, M. Duterte avait déchargé de cette mission les forces de police au profit de l'armée et de l'Agence anti-drogue, une unité beaucoup plus petite d'environ 1.800 membres.
Une série de scandales avaient impliqué des policiers dans des affaires de meurtre, d'enlèvement, d'extorsion ou de rançon. Les mis en cause se servaient de la guerre antidrogue comme couverture.
Le président avait néanmons promis qu'il y aurait davantage de morts.
Amnesty International venait de publier un rapport dans lequel l'ONG estimait que ces meurtres étaient peut-être assimilables à des crimes contre l'humanité. Amnesty a accusé la police d'abus systématiques des droits de l'Homme, notamment le fait d'abattre des gens désarmés, de monter des preuves de toutes pièces, de payer des tiers pour assassiner des suspects et de voler les victimes.
"Les policiers se comportent comme les criminels des bas-fonds auxquels ils sont censés faire respecter la loi", disait le rapport.
