Syrie: à la justice de tirer les conséquences des aveux de LafargeHolcim (ONG Sherpa)

L'association Sherpa, qui a déposé plainte contre LafargeHolcim pour ses activités en Syrie, estime jeudi que la justice doit "tirer les conséquences" des aveux du groupe suisse de matériaux de construction sur le financement de groupes armés dans ce pays en pleine guerre.

Visé par une enquête du parquet de Paris et une plainte de Sherpa en parallèle, le géant suisse des matériaux de construction a admis jeudi avoir "indirectement" financé en 2013 et 2014 des groupes armés en Syrie pour maintenir en activité sa cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie, un site dont l'organisation jihadiste Etat islamique avait pris le contrôle en septembre 2014.

"Il faut relever le grand contraste entre l'existence de cette enquête interne et ses conclusions, et la logique de déni endossée systématiquement par les multinationales face à des accusations parfois très graves", a réagi l'avocat William Bourdon, le président de Sherpa, une association d'avocats et de juristes qui défend les victimes de "crimes économiques".

"Cela légitime et renforce encore plus fort notre plainte. C'est aux juges d'en tirer les conséquences. Cette enquête interne (de LafargeHolcim) ne saurait valoir absolution de toute responsabilité de la maison mère s'agissant des agissements de sa filiale en Syrie, bien au contraire", a ajouté l'avocat.

L'enquête du parquet de Paris a été ouverte à la suite d'une plainte de Bercy visant l'interdiction d'acheter du pétrole en Syrie depuis 2012 et l'interdiction de toute relation avec des organisations terroristes.

De leur côté, Sherpa et d'anciens employés de la cimenterie ont déposé plainte en novembre notamment pour financement du terrorisme, complicité de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité et mise en danger de la vie d'autrui. A ce stade, aucun juge d'instruction n'a été saisi.

Pour le président de Sherpa, l'affaire "rend encore plus indispensable le rejet par le Conseil constitutionnel du recours déposé par les parlementaires de droite contre la loi sur le devoir de vigilance des multinationales", adoptée définitivement par le Parlement fin février. A ses yeux, cette loi va dans l'intérêt des grands groupes, car "c'est son application qui va réduire leur risque judiciaire".

Justice Info est sur Bluesky
Comme nous, vous étiez fan de Twitter mais vous êtes déçus par X ? Alors rejoignez-nous sur Bluesky et remettons les compteurs à zéro, de façon plus saine.