Rohingyas: l'envoyée de l'ONU veut une enquête internationale

La Rapporteuse spéciale de l'ONU sur la Birmanie a demandé jeudi l'établissement d'une commission d'enquête internationale sur les exactions commises contre la minorité musulmane des Rohingyas.

Dans un rapport publié jeudi, Yanghee Lee recommande à la communauté internationale d'"établir une commission d'enquête" chargée d'examiner la "politique discriminatoire systématique, structurelle et institutionnelle" dont souffrent les Rohingyas et d'enquêter sur les violences commises à leur encontre, en particulier en 2012, en 2014 et depuis octobre dernier.

L'armée birmane a lancé le 10 octobre une offensive d'envergure dans l'Etat Rakhine (ouest), où vivent les Rohingyas, après des raids meurtriers de groupes armés contre des postes-frontières.

Début février, les Nations unies ont dénoncé une vaste entreprise de répression "généralisée et systématique" menée essentiellement par l'armée à l'encontre des Rohingyas et ayant abouti à un "nettoyage ethnique" et "très probablement" à des crimes contre l'humanité.

Mme Lee s'est rendue en Birmanie du 9 au 20 janvier.

Elle s'est également rendue au Bangladesh en février, où des dizaines de milliers de Rohingyas ont fui depuis octobre. Les réfugiés lui ont livré des récits des atrocités commises par l'armée: viols en réunion, tortures, meurtres et massacres. A l'issue de sa visite, Mme Lee a jugé que les violences subies par les Rohingyas étaient "bien plus répandues" que ce qu'elle pensait jusqu'alors.

Traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste, les Rohingyas sont apatrides même si certains vivent dans le pays depuis des générations.

Dans son rapport, l'envoyée de l'ONU souligne que l'"impunité" persiste en Birmanie.

"Lorsque l'Etat est incapable de s'acquitter de son devoir d'enquêter sur les violations, de prendre les mesures appropriées à l'encontre de leurs auteurs et de fournir aux victimes des mécanismes de réparation efficaces, il doit alors demander de l'aide, et quand il n'est pas disposé à le faire, alors la communauté internationale doit intervenir", écrit-elle dans son rapport.

Elle reconnaît par ailleurs "l'authentique engagement du gouvernement dans ses efforts pour améliorer la vie de tous en Birmanie" mais juge que "cet engagement ne s'est pas encore traduit en actions réelles".

Son rapport sera présenté le 13 mars devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU.

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