Des Afghans pressent la CPI d'enquêter sur les crimes de guerre présumés depuis 2003

Des organisations afghanes de défense des droits de l'homme ont invité mercredi la Cour pénale internationale (CPI) à accélérer l'examen préliminaire des crimes de guerre présumés commis dans leur pays depuis 2003.

"Nous espérons, en venant jusqu'ici à La Haye, avoir un message fort pour la Cour", a déclaré Guissou Jahangiri, vice-présidente de la Fédération internationale pour les droits de l'Homme, avant une rencontre avec la procureure de la CPI Fatou Bensouda.

Le groupe, composé de quelque vingt militants afghans et internationaux, devait lors de cet entretien faire à Mme Bensouda des "propositions collectives et individuelles", a précisé Mme Jahangiri.

Les équipes de l'accusation doivent déterminer si la CPI est compétente pour enquêter sur des crimes commis sur le sol afghan depuis mai 2003 par les talibans, les forces gouvernementales afghanes et des forces armées internationales, dont l'armée américaine.

Mme Bensouda avait annoncé en novembre qu'elle allait décider "de façon imminente" si elle demandait aux juges l'ouverture d'une enquête.

Elle avait ajouté que les forces armées américaines et la CIA pourraient avoir commis des crimes de guerre en torturant des détenus, particulièrement en 2003 et 2004.

Si elle demande aux juges l'autorisation d'ouvrir une enquête, il s'agira de l'une des investigations les plus complexes et controversées de l'histoire de la Cour, fondée en 2002 pour juger les pires crimes de l'humanité. Mais Washington n'ayant pas ratifié le Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, il est peu probable que des soldats américains se retrouvent un jour sur le banc des accusés.

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, la CIA avait reçu l'autorisation de l'administration du président George W. Bush d'utiliser les méthodes d'interrogations dites "améliorées", dont le "waterboarding", technique qui consiste à simuler une noyade.

Les talibans, eux, seraient responsables de la mort de plus de 17.000 civils entre 2007 et décembre 2015, avait-elle ajouté.

Les militants afghans des droits de l'homme espèrent "encourager le bureau de la procureure à progresser dans cette affaire", a indiqué leur avocate Katherine Gallagher. Pour une des militantes, Huma Saeed, l'implication de la CPI "a une importance symbolique énorme".

"Pour les Afghans, pour les victimes en Afghanistan, cela veut dire que la justice compte" et "que la communauté internationale ne peut laisser de tels événements passer inaperçu", a-t-elle indiqué.

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