L'angoisse des civils afghans après l'attaque au camion piégé à Kaboul

Angoissés, errant parmi les corps défigurés ou calcinés... Des Afghans se sont rués en nombre dans les hôpitaux et morgues de Kaboul mercredi à la recherche de leurs proches, après l'attentat au camion piégé qui a fait au moins 90 morts et 400 blessés au coeur de la capitale afghane.

Dissimulée dans une citerne à eau, la charge explosive a sauté vers 08H30 locales (04H00 GMT), actionnée par un kamikaze, à proximité du palais présidentiel et de plusieurs ambassades, une zone ultra-protégée. Et une fois de plus les civils portent le fardeau de cette attaque tragique qui apparaît comme un fait ordinaire dans ce pays en proie aux violences.

Sanglotant en silence à l'extérieur de l'hôpital de l'ONG italienne Emergency, spécialiste de la chirurgie de guerre, un jeune Afghan cherchait désespérément son oncle et des cousins.

"Ils allaient au travail, comme tous les jours, et maintenant ils sont portés disparus", a t-il expliqué à l'AFP. "Je les ai cherché dans trois hôpitaux, en vain. Je ne sais plus où chercher".

Certains, plus chanceux, ont pu serrer, en pleurs, dans leurs bras des proches ensanglantés, après avoir arpenté les couloirs de l'hôpital à leur recherche.

D'autres encore écoutaient avec anxiété la liste des victimes décédées lue par le personnel médical. D'après ce dernier, des corps mutilés restaient méconnaissables. Mais de nombreuses personnes en larmes insistaient pour qu'on les identifie.

Alors que les blessés affluaient dans les hôpitaux, certains dans des états critiques, le ministère de l'Intérieur a lancé des appels urgents aux dons du sang, envoyant des dizaines de volontaires dans la capitale.

"Mes deux fils sont grièvement blessés. Je les ai vus, ils saignent, ils sont en train de mourir", implorait une femme, fondant en larmes. "Je ne peux pas vivre sans eux. Je vais mourir sans eux".

L'hôpital de l'ONG italienne Emergency a également été touché par l'explosion, mais le personnel est venu en aide à de nombreux patients blessés malgré les dégâts.

L'hôpital voisin de Wazir Akbar Khan s'est lui vite retrouvé surchargé, avec des médecins contraints de traiter deux patients sur un même lit, nombre d'entre eux ayant été grièvement blessés par des éclats d'obus ou de verre.

Le président afghan Ashraf Ghani a dénoncé un "crime de guerre". Le ministre de la Santé a souligné que le bilan risquait de s'alourdir encore. L'attaque n'avait pas été revendiquée dans la soirée et sa cible précise n'était toujours pas clairement établie.

"Cette explosion aujourd'hui dans un quartier central et fréquenté au coeur de Kaboul rappelle encore à quel point cette guerre est devenue ordinaire pour les civils afghans", a dénoncé Patricia Gossman, chercheuse à Human Rights Watch.

"Le nombre de victimes civiles a atteint un niveau record puisque le conflit afghan s'est intensifié cette dernière année. Les attaques de ce type qui visent délibérément ou sans distinction des civils sont des crimes de guerre".

Deux employés de médias afghans figuraient par les personnes décédées dans l'explosion, qui a aussi causé d'importants dégâts à 1TV, une chaîne privée d'information située près du lieu de l'attaque.

Dans un acte de défi, la chaîne est parvenue à reprendre sa diffusion en quelques heures.

"Nous sommes en vie et de nouveau en direct", a twitté le rédacteur en chef de 1TV, Abdullah Khenjani. "La terreur ne peut pas nous arrêter".

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